Longs cheveux noirs retenus en chignon, tenue décontractée, Laurence Rasti a le visage pétillant et le regard déterminé. La jeune photographe de 25 ans connaît depuis une année un grand succès grâce à une série de photos intitulée «Il n’y a pas d’homosexuels en Iran», une phrase prononcée par Mahmoud Ahmadinejad en 2007. Entre son travail artistique et des piges photos pour des quotidiens romands, elle enchaîne les interviews. La RTS, Le Temps, le Musée de l’Elysée et même CNN se sont intéressés à elle. «Je n’aurais jamais cru que mon travail attirerait autant l’attention», explique l’artiste suisse d’origine iranienne.
Dans le cadre de son travail de diplôme en photographie à l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne), Laurence s’est rendue à Denizli, en Turquie, pour photographier et recueillir les témoignages de réfugié·e·s homosexuel·le·s iranien·nes. «Il faut parler de ce qui nous touche avant de chercher à faire de belles photos.» En Iran, l’homosexualité est passible de la peine de mort. Les personnes homosexuelles qui quittent le pays sont nombreuses. C’est par le biais de l’organisation IRqo (IRanian Queer Organization) qu’elle entre en contact avec un premier réfugié en transit dans la ville de Denizli. Les deux premières semaines, Laurence fait connaissance avec son premier interlocuteur. «On est devenus amis et il m’a présenté d’autres personnes, c’était une formidable expérience, j’ai rencontré des gens merveilleux.»
Il faut parler de ce qui nous touche avant de chercher à faire de belles photos.
Deux hommes enlacés, leurs visages cachés par des ballons, un couple en smoking se tenant par la main, entourés de fleurs. Tons pastel, mises en scène tendres, la photographe a veillé à ne pas poser ses sujets en victimes. «J’ai réalisé des photos assez légères pour créer le paradoxe, mais j’ai essayé de retranscrire la réalité et la dureté de ce que ces personnes avaient vécu par le biais d’interviews écrits.» Les homosexuel·le·s quittent souvent le pays dans la hâte, dénoncé·e·s par des connaissances, menacé·e·s de coups de fouet, de peine de prison ou d’exécutions.
Si le travail de Laurence touche, c’est parce qu’elle sait raconter des histoires. «La photo, car c’est un langage universel». Un objectif ? Contourner les limites de la photo documentaire. «Comme la plupart des réfugié·e·s ne pouvaient pas montrer leur visage, il a fallu trouver des solutions. Les gens me parlaient de leur histoire, ensuite je revenais avec des idées. L’origine de son inspiration ? Une quête d’identité et des réflexions sur les codes de beauté. «C’est en m’intéressant à l’identité de genre et à la frontière entre le féminin et le masculin que le sujet de l’homosexualité est arrivé dans mon travail.» Militante ? «Non, disons que j’espère vraiment que la situation puisse changer en Iran, notamment par le biais de films, de livres, de photos…» Engagée ? Suffisamment pour aborder un sujet très controversé en Iran. «Si je ne m’étais pas engagée sur ce sujet-là, je me serais engagée sur un autre (…) En commençant mes études de photographie, je voulais aborder des thématiques qui me tiennent à cœur.»
Lauréate du Swiss Photo Award 2015, Laurence Rasti se lancera prochainement dans un nouveau projet artistique. «Ça sera lié au genre, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.»
Julie Jeannet