Isabelle Gattiker: Le cinéma est un moyen formidable pour raconter des histoires universelles. Une histoire, c’est le fondement de ce qui nous rassemble, ça permet de déclencher une émotion et de se mettre à la place de l’autre. C’est aussi un moyen de lancer des débats et de stimuler l’engagement.
Les deux sont pour moi complètement indissociables, comme les deux racines d’un même arbre. Je ne pourrais pas faire du cinéma qui ne soit pas engagé, mais pour m’engager j’ai besoin du cinéma. Plus le film est fort, original, profond, plus il va toucher les gens et avoir un impact sur le monde. Le regard du cinéaste est donc essentiel !
C’est une histoire personnelle et familiale. Petite, j’ai habité en Colombie durant la guerre civile. Mon père était un militant d’extrême gauche devenu diplomate, il a toujours été très engagé. Mon grand-père maternel était journaliste, correspondant politique pour la NZZ à Berlin dans les années trente. Antinazi convaincu, il a été expulsé en 1940. C’était un grand lecteur de Voltaire et de Victor Hugo. J’ai eu la chance d’hériter de sa bibliothèque. L’un des premiers livres qui m’a marqué c’est Les Misérables… Je dévore les livres, la littérature fait partie de ma vie autant que le cinéma.
Absolument ! Lorsque j’étais productrice de cinéma, mon travail a toujours été d’aller chercher le public. Aujourd’hui, si on veut sensibiliser aux droits humains et changer les choses, il faut surprendre les gens et aller les chercher près de chez eux. On ne peut plus se reposer sur ce qui a déjà été fait. Pour réinventer le monde, il faut réinventer la manière dont on parle du monde !
Beaucoup de nouveautés cette année, impossible de les citer toutes ! Le Festival s’étend dans tout le canton de Genève, à Lausanne et à Orbe, avec des projections et des discussions publiques dans les salles communales, des maisons de quartier, des clubs sportifs et des foyers pour personnes migrantes. Nous présenterons également le travail d’artistes engagés : le dessinateur Patrick Chappatte avec Fenêtres sur les couloirs de la mort, la metteuse en scène Maya Bösch. La talentueuse photographe Leila Alaoui, tragiquement assassinée à Ouagadougou, devait être l’artiste à l’honneur cette année et a signé la photo de notre affiche juste avant son décès. Nous sommes effondrés par cette tragédie, et lui rendrons bien sûr hommage.
Il y aura bien sûr chaque soir des films et des débats avec des personnalités internationales ; chacun sera invité à prendre la parole ! Deux soirées sont coorganisées avec Amnesty International, l’une consacrée à l’Arabie Saoudite, l’autre à la peine de mort. De nombreux cinéastes seront présents, comme Brillante Mendoza, Amos Gitaï et le Marocain Nabil Ayouch, auteur du sulfureux Much Loved.
Sonita, l’histoire d’une bouleversante rappeuse afghane, une femme inoubliable, artiste et engagée. Ce film marquera les esprits.