Les premières vidéos sont apparues sur nos réseaux en début d’année. Le cadrage engagé du jeune média a directement fait mouche, sur des sujets comme le sans-abrisme, les violences policières ou les addictions. Aujourd’hui, ragekit compte plus de 30 000 abonné·e·x·s sur Instagram, 20 000 sur TikTok et près de 6000 sur YouTube. Nous avons rencontré Val, l’un des sept membres bénévoles de la rédaction, pour parler du succès et du sens de ragekit.
< Val: Une parole comme la nôtre est rare en Suisse, où l’on aime beaucoup se montrer comme le pays du calme, de la justice et de la démocratie, y compris dans les médias. Or, de nombreuses personnes subissent les violences de l’État. Il suffit de jeter un œil aux commentaires sous nos vidéos pour s’en convaincre. Deuxièmement, nous avons choisi la stratégie de publier peu de contenus, mais de prendre du temps pour travailler la qualité, visuelle et éditoriale, de chaque vidéo. Nous avons passé presque une année à nous entraîner, à tourner à blanc, avant de publier la première vidéo. Nous avons ainsi pu directement arriver avec du contenu crédible, même si aujourd’hui, quand on regarde les premières vidéos, on est un peu gêné·e·x·s. Mais c’est le jeu, et l’important c’est le fond!
< Nous sommes touxtes issu·e·x·s des milieux militants lausannois. Nous avons l’habitude et l’expérience de travailler gratuitement, d’organiser et d’allouer notre temps libre pour nos collectifs respectifs. Nous consacrons simplement une partie de ce temps à ragekit.
< La bataille culturelle, c’est d’abord le pouvoir en place et les groupes réactionnaires qui la mènent. Le premier fait des propositions de lois autoritaires, tout en prônant un discours de paix sociale. Les seconds s’attaquent violemment aux minorités. Oui, avec beaucoup d’autres nous menons cette bataille, mais c’est une réponse à une offensive réactionnaire en Europe et en Suisse. Nous nous retrouvons parfois sur la même ligne de front que des ONG comme Amnesty, celle de nos droits fondamentaux menacés par la fascisation.
< La raison d’être de ragekit est de porter à plus large échelle les causes que nous défendons dans nos actions militantes. Pour ce faire, il faut démocratiser notre discours et visibiliser l’immense travail militant qui existe en Suisse, où les mouvements sociaux sont nombreux et actifs mais doivent souvent mettre la priorité ailleurs. Nous vulgarisons donc des articles scientifiques, donnons la parole à des personnes concernées pour qu’elles expliquent elles-mêmes ce qu’elles vivent. Nous soignons également les narratifs de nos vidéos, et nous utilisons l’humour. Ce sont des méthodes de traduction, dans une quête de rendre compréhensible la violence dont est victime toute une partie de la population.
< Nous aimerions produire plus de longs formats pour YouTube, traiter plus de sujets en profondeur. Il va nous falloir du temps, de l’énergie et surtout de l’argent. Nous ne sommes financés que par les dons, tout dépendra de combien nous recevrons.