Des années de lutte –pour le droit à la contraception et l’avortement, pour faire évoluer les lois sur le consentement, contre la médicalisation et le contrôle de leur corps– ont permis aux femmes d’alléger le joug des traditions patriarcales.
Mais en désignant le féminisme comme un ennemi à abattre, les mouvements masculinistes, qui ont le vent en poupe dans les instances du pouvoir, cherchent à asseoir leur domination sur les femmes et leur corps. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a ainsi libéré la parole de ces hommes qui prétendent pouvoir décider du destin des femmes à grand renfort de slogans nauséabonds, comme le fameux «ton corps, mon choix», érigé au rang de hashtag sur X.
Ces diatribes masculinistes ont un effet désinhibant bien au-delà des frontières américaines. Et c’est là que réside le danger. Car en multipliant les déclarations publiques fracassantes, parfois à la limite de la légalité, un petit nombre d’excités déplace les limites de l’acceptable. En faisant l’apologie du viol, par exemple, ils détournent notre attention et nous incitent à considérer le harcèlement comme «moins grave».
Exposer les violences auxquelles des femmes sont encore confrontées à l’heure actuelle, partout dans le monde, c’est participer à contrer ces mouvements qui remettent en cause leur droit à l’autodétermination. Les féminicides, les mutilations génitales, la prostitution forcée, les violences sexistes existent et ne doivent pas être passées sous silence. Ni le constat accablant que leurs auteurs sont pour ainsi dire tous des hommes. Dénoncer ces violences, c’est aussi réaffirmer qu’il est hors de question de revenir sur les acquis obtenus par les femmes, mais qu’il faut au contraire continuer à se battre pour leurs droits.
Jean-Marie Banderet, rédacteur en chef