Le portrait d’un réfugié demandant l’asile en Suisse a été vandalisé lors d’une exposition dans le cadre d’une semai ne contre le racisme à Genève en 2016. L’exposition a dû être retirée à la suite des dégradations. © Mark Henley
Le portrait d’un réfugié demandant l’asile en Suisse a été vandalisé lors d’une exposition dans le cadre d’une semai ne contre le racisme à Genève en 2016. L’exposition a dû être retirée à la suite des dégradations. © Mark Henley
Édito

Les visages de la discrimination

L'élan de solidarité qui a suivi la mort de George Floyd semble s'être essoufflé. Le racisme est toujours bien ancré en Suisse et s'exprime à tous les niveaux de notre société.

Détails

À Genève, Berne et Zurich, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient bravé les restrictions dues au Covid-19 en signe de solidarité avec les proches de George Floyd, froidement tué par un policier blanc. C’était en juin 2020. Depuis, en Suisse aussi, des jeunes hommes ont perdu la vie sous les coups de la police – ou plutôt «des suites d’interventions policières», pour reprendre l’euphémisme officiel.

Le choix des mots, du langage, est important lorsqu’on parle de racisme. Car ce sont toujours les propos – exprimés dans des contextes et par des moyens différents – qui caracolent en tête des statistiques des infractions à la norme pénale antiraciste. Selon les chiffres de la Commission fédérale contre le racisme qui couvrent la période de 1995 à 2024, c’est par la parole que le racisme s’exprime en premier lieu – dans la rue, les médias et sur les réseaux sociaux. L’écrit suit de près.

L’ampleur du phénomène est significative : en 2022, 17 % de la population résidant en Suisse déclarait avoir subi des discriminations raciales au cours des cinq années précédentes. C’est plus d’un million de personnes. Quant aux responsables, la Confédération ne dispose pas de données qui permettent de les quantifier. Seule tendance observée : les hommes suisses sont surreprésentés.

Ce que révèlent ces chiffres, c’est qu’il existe à l’heure actuelle un terrain propice aux discriminations dans notre pays. Un filon qui alimente les politiques antimigratoires de l’extrême droite et de ses allié·e·x·s. Les lois sont à la traîne, certes, mais ne serait-ce pas à nous, en tant qu’individus, d’initier le mouvement et de casser la dimension structurelle du racisme en Suisse ? En reconnaissant nos propres biais. En nommant les choses. En refusant ces euphémismes. Mettre des mots sur ce qui nous a empêchés de le faire jusqu’à présent, c’est peut-être déjà un bon début.

Jean-Marie Banderet, rédacteur en chef