Impossible d’ignorer ses yeux dorés et son sourire angélique. Le jeune homme me raconte son histoire avec résilience. Il dit avoir eu beaucoup de chance. Comme lui, 2446 mineur·e·x·s d’origine afghane ont demandé l’asile en Suisse en 2025.
Quelque mois après le retrait des troupes américaines et de l’OTAN, Kaboul subit une offensive massive en août 2021. «J’ai grandi avec la guerre. Les bombes qui tombaient à côté de la maison ont fini par ne plus m’effrayer», déclare Sejad. Il se souvient du sentiment de peur et d’incertitude qui a envahi la population : les rues animées ne résonnent plus que des stores des boutiques qui se ferment. Les magasins sont pris d’assaut. Tout le monde se met en route : plus d’un million de personnes fuiront l’Afghanistan cette année-là. «Dans ma province d’origine, je ne pouvais plus sortir seul, à cause du climat de guerre et parce que mon père était militaire. Beaucoup d’enfants étaient enlevés contre rançon. Lorsque les talibans sont arrivés à Kaboul, c’était la même chose : il fallait partir pour sauver sa peau.»
«Nous avons traversé les montagnes, le froid me brûlait le corps. Nos vêtements étaient trop légers pour affronter la neige.»
exilé afghan arrivé en Suisse
Craignant des représailles, ses parents fuient. Sejad et son frère se retrouvent seuls. «Nous étions restés trop longtemps hors de la ville. Quand nous sommes revenus la porte était fermée.» Par chance, son oncle le fait venir en Iran, avant de l’encourager à prendre un chemin plus ambitieux : celui de l’avenir. À treize ans, il entame un exil de plusieurs années. «Je me sentais perdu, sans identité», dit-il. Après deux semaines de profonde tristesse, il se met en route avec d’autres adolescent·e·x·s et un passeur. «Le chemin de l’Iran jusqu’à la Turquie était difficile, j’ai eu peur de perdre Sejad», avoue son grand frère. Depuis la frontière iranienne, le chemin vers la Turquie est une succession de marches épuisantes. Le groupe reste caché à Istanbul plusieurs mois.
Sejad peut dormir, mais il ne fait pas de rêves. Il se demande ce qui est arrivé à ses proches resté·e·x·s sur place. Puis le jeune Pachtoune reprend la route : l’hiver en Bulgarie est rude. «Nous avons traversé les montagnes, le froid me brûlait le corps. Nos vêtements étaient trop légers pour affronter la neige.» Sans bonnet, ni doudoune, il faut tenir bon. La faim creuse. À l’arrivée dans un camp en Serbie, des récits douloureux se joignent à la table. Un migrant porte une blessure au crâne et une large zone sans cheveux, des forces de police auraient utilisé des chiens pour le torturer. Un autre à subi des chocs électriques.
Sejad finit par atteindre la Suisse. Il peut enfin poser ses bagages et reprendre son souffle. Cela fait un an et demi qu’il vit ici. Il parle pachto, dari, hindi et le français qu’il a appris en rêvant de devenir traducteur lorsqu’il est arrivé au centre fédéral d’asile de Boudry, dans le canton de Neuchâtel. «Dans le camp de Boudry, j’occupais mon temps en faisant les traductions pour les autres du pachto au français.» Sejad a fini par obtenir un permis F, qui lui permettra de commencer un apprentissage dans un magasin dont les produits lui rappellent parfois le froid bulgare.