© JMB/Amnesty Suisse
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Édito

Point de bascule

L'État de droit ne disparait jamais du jour au lendemain. Le glissement vers l'autoritarisme est au contraire progressif, et peut s'observer par le prisme de nombreux facteurs.

Une épidémie menacerait-elle nos démocraties? Hongrie, Inde, Russie, Israël, États-Unis, Turquie pour n’en citer que quelques-uns: de nombreux pays présentent déjà les symptômes –à des stades plus ou moins avancés– d’un tournant autoritaire.

Comme les malades, les libertés commencent graduellement à montrer des signes de faiblesse. Qui se sert de la peur comme levier politique, comme Vladimir Poutine. Qui d’autre fait taire les partis d’opposition, comme Recep Tayyip Erdoğan, ou stigmatise les minorités LGBTQIA+ comme Viktor Orbán. Qui encore fait pression sur la justice, comme Benjamin Netanyahu. Avec au moins trois constantes: ces glissements sont progressifs –souvent légaux–, ils commencent toujours par un narratif –pour préparer les esprits aux actes qui suivront– et il n’est pas rare que plusieurs de ces symptômes soient cumulés.

Depuis quelque temps, c’est du côté des États-Unis que beaucoup d’indicateurs passent au rouge. Du contrôle sur la presse, matérialisé par la cour de journalistes complaisant·e·x·s accrédité·e·x·s au Bureau ovale, à l’ultra-personnalisation du pouvoir, en passant par la stigmatisation de minorités –que ce soient les personnes trans ou réfugiées– ou plus récemment la terreur que font régner dans les villes démocrates les brutes masquées de l’ICE et leur désormais ex-patron Gregory Bovino en tenue inspirée par la Gestapo, l’Amérique d’aujourd’hui est comme un patient en observation, au chevet duquel on peut constater l’évolution de la maladie.

L’analogie ne serait pas complète sans le souvenir de la pandémie de Covid-19: d’abord abstraite car lointaine, puis toujours plus concrète au fur et à mesure qu’elle traversait les frontières. Personne n’est vraiment à l’abri.

En médecine, l’immunité s’obtient en s’exposant à une faible dose d’agents pathogènes. Les forces qui s’opposent à l’arbitraire de quelques élus agissent ici comme des globules blancs. Elles ont le pouvoir –comme au Brésil, qui semble avoir tiré un trait sur sa récente ère autoritaire– de permettre aux démocraties les plus touchées de se relever.

Jean-Marie Banderet, rédacteur en chef