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26.02.2025 / Note importante au sujet des modèles de lettre: pour des raisons de sécurité, nous avons supprimé la mention de l'emplacement exact de Yahaya du modèle de lettre.
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La condamnation à mort prononcée contre Yahaya Sheriff-Aminu par la haute cour islamique de l’État de Kano a été très critiquée à la fois au Nigeria et à l’échelle internationale – y compris par le Parlement européen, qui a appelé les autorités nigérianes à libérer cet homme lors de sa séance du 20 avril 2023. Le 16 mai 2024, des expert·e·s des Nations unies ont également réclamé la libération de Yahaya Sheriff-Aminu. De sérieux doutes existent quant à l’équité de son procès et à la formulation des charges retenues contre lui. Avant et pendant le procès, on ne lui a pas permis de recourir aux services d’un avocat. Il a finalement été autorisé à bénéficier d’une assistance juridique pour préparer un recours après que des avocats spécialisés dans la défense des droits humains et des militant·e·s ont enjoint à la cour de respecter son droit d’être assisté par un avocat. Dans l’État de Kano, en vertu de la charia (loi islamique), le «blasphème» est une infraction pénale passible de la peine capitale.
La peine de mort reste en vigueur au Nigeria et continue d’être appliquée à travers le pays. En 2023, au moins 246 condamnations à mort ont été recensées. Au total, plus 3 413 personnes se trouvaient sous le coup d’une condamnation à mort dans ce pays à la fin de cette année-là. Au Nigeria, le Groupe national d’étude sur la peine de mort, créé en 2004, et la Commission présidentielle pour la réforme du fonctionnement de la justice, mise en place en 2007, ont tous deux souligné que le système pénal nigérian ne pouvait garantir l’équité des procès et ont appelé à l’instauration d’un moratoire sur la peine de mort.
Les lois relatives au blasphème et leur application sont contraires à l’obligation qui incombe au Nigeria de respecter et de protéger le droit à la liberté d’opinion et d’expression, garanti par l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). L’article 19-1 du PIDCP prévoit que «nul ne peut être inquiété pour ses opinions». L’article 19-2 précise que toute personne a droit à la liberté d’expression, qui inclut le droit de chercher, de recevoir et de transmettre des informations et idées de toute espèce à travers les moyens de son choix. Selon l’article 19-3, l’exercice du droit à la liberté d’expression peut-être soumis à certaines restrictions (mais pas le droit à la liberté d’opinion), qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires et proportionnées à la réalisation d’un des objectifs légitimes admissibles au regard du droit international.
Le Comité des droits de l’homme des Nations unies, dans son Observation générale n° 34 sur l’article 19, a écrit: «Les interdictions des manifestations de manque de respect à l’égard d’une religion ou d’un autre système de croyance, y compris les lois sur le blasphème, sont incompatibles avec le [PIDCP], sauf dans les circonstances spécifiques envisagées au paragraphe 2 de l’article 20 du [PIDCP]». L’article 20-2 du PIDCP dispose que «tout appel à la haine nationale, religieuse ou raciale qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence doit être interdit par la loi».
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission africaine) a adopté plusieurs résolutions sur la peine de mort, dont la dernière en novembre 2024, appelant les États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples – notamment le Nigeria – à «observer un moratoire sur les exécutions en vue d’abolir la peine de mort» et à ratifier le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.
Les conditions de détention au Nigeria sont extrêmement dures ; les obligations minimales prévues par l’Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus (règles Nelson Mandela) et par d’autres normes internationales ne sont pas respectées, notamment en ce qui concerne la nourriture et les soins médicaux.
Défendez les droits de Yahaya Sheriff-Aminu et envoyez une lettre d'appel
– par courrier, e-mail, X/Twitter ou fax et postez dans les réseaux sociaux – à la ou aux personnes cibles désignées (voir sous ADRESSES et GUIDE RÉSEAUX SOCIAUX).
→ Délai pour prendre action: 17 août 2025.
→ Veuillez écrire en anglais ou dans votre propre langue.
Veuillez ajouter votre nom (ou vos initiales) à la fin du message. Vous pouvez également adapter le message et/ou mettre p.ex. en évidence les revendications et le nom.
Adresse e-mail alternative en cas d'échec de l'envoi: harunadederi@gmail.com
Sous ADRESSES, vous trouverez d'autres personnes cibles à qui vous pouvez adresser un e-mail.
Monsieur le Procureur général,
Je vous écris pour vous faire part de ma profonde inquiétude pour Yahaya Sheriff-Aminu, un chanteur de 25 ans. Le 10 août 2020, la haute cour islamique de l’État de Kano a déclaré Yahaya Sharif-Aminu (qui avait alors 21 ans) coupable de «blasphème» pour avoir diffusé sur WhatsApp une chanson jugée blasphématoire à l’égard du prophète Mahomet, et l’a condamné à mort. En janvier 2021, une haute cour de l’État de Kano a annulé sa condamnation et ordonné la tenue d’un nouveau procès en raison d’irrégularités dans la procédure.
Les avocats de Yahaya Sheriff-Aminu ont fait appel de la décision d’ordonner un nouveau procès, au motif qu’il serait également jugé au titre de la même loi sur le blasphème de l’État de Kano, et demandé à la division de Kano de la cour d’appel fédérale de prononcer un non-lieu et de déclarer la loi sur le blasphème contraire à la Constitution. En août 2022, la division de Kano de la cour d’appel fédérale a validé la décision de la haute cour en faveur d’un nouveau procès et confirmé la constitutionnalité de la loi sur le blasphème. En novembre 2022, les avocats de Yahaya Sharif-Aminu ont formé un recours devant la Cour suprême du Nigeria pour contester la constitutionnalité de la législation sur le blasphème de l’État de Kano. Plus de deux années après, aucune date d’audience pour ce recours n’a encore été fixée. Entretemps, Yahaya Sheriff-Aminu demeure détenu, dans l’attente de son audience devant la Cour suprême.
En mars 2024, Amnesty International a rendu visite à Yahaya Sheriff-Aminu en détention et l’a trouvé en mauvaise santé car il souffre d’asthme sévère et a besoin régulièrement d’utiliser un inhalateur et des médicaments liés. De plus, il ne disposait pas d’une alimentation suffisante ni de vêtements adaptés à la saison à ce moment-là. En novembre 2024, Amnesty International lui a de nouveau rendu visite et, bien qu’il ait commencé à se rétablir grâce aux médicaments qui lui ont été fournis par sa famille lorsque c’était possible, il a toujours besoin d’accéder régulièrement à ses médicaments, ce qui n’est pas possible actuellement.
Les lois sur le blasphème constituent une violation du droit à la liberté d’expression. Par ailleurs, le recours à la peine de mort pour «blasphème» constitue une violation des obligations du Nigeria en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui dispose que le recours à la peine capitale doit être réservé aux «crimes les plus graves», ce qui correspond, d’après le Comité des droits de l’homme des Nations unies, aux crimes impliquant des homicides volontaires.
Je vous appelle à abandonner les poursuites contre Yahaya Sheriff-Aminu, à le libérer immédiatement et sans condition, et à faire le nécessaire pour qu’une date soit fixée rapidement pour son audience devant la Cour suprême. Dans l’intervalle, il doit être détenu dans des conditions conformes aux normes internationales (en vertu des Règles Mandela) et doit se voir accorder immédiatement l’accès aux soins médicaux dont il a besoin, ainsi qu’à une alimentation et des vêtements adaptés
Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération.
Dear Attorney General,
I am writing in grave concern for the life of 25-year-old singer Yahaya Sheriff-Aminu. On 10 August 2020, an Upper Sharia Court in Kano state convicted and sentenced to death Yahaya Sheriff-Aminu (who was then 21 years old) of «blasphemy» for circulating a song on WhatsApp that was considered blasphemous against Prophet Muhammad SAW. In January 2021, a High Court in Kano State overturned Yahaya Sheriff-Aminu’s conviction and ordered his case to be retried due to irregularities in the original trial.
Yahaya Sheriff-Aminu’s lawyers appealed the decision for a retrial, indicating that he will still face the same blasphemy law of Kano State and asked the Kano Division Appeal Court to dismiss the case entirely and declare the blasphemy law unconstitutional. In August 2022, Kano Division Appeal Court affirmed the High Court’s order for a retrial and upheld the blasphemy law as constitutional. In November 2022, Yahaya Sharif-Aminu’s lawyers filed an appeal with the Supreme Court of Nigeria, challenging the constitutionality of the blasphemy laws of Kano State. Two years on, the date for the hearing has yet to be fixed. In the meantime, Yahaya Sheriff-Aminu remains in detention, pending his appeal before the Supreme Court.
In March 2024, Amnesty International visited Yahaya Sheriff-Aminu in detention and found him in poor health as he has severe asthma and periodically needs an inhaler and related medications. Additionally, he was not provided with food and adequate clothing - things he was still not being given access to until that point. In November 2024, Amnesty International visited Yahaya Sharif-Aminu again and, although he is recuperating due to medications supplied to him by his family, when possible, he still requires regular access to his medications which is not currently being adequately provided for.
Blasphemy laws are a violation of the right to freedom of expression. Additionally, the use of the death penalty for «blasphemy» violates Nigeria’s obligations under the International Covenant on Civil and Political Rights which restricts the use of this punishment to the «most serious crimes», which the UN Human Rights Committee has clarified as referring to intentional killing.
I urge you to drop the charges against Yahaya Aminu Sheriff to ensure his immediate and unconditional release and work towards securing the timely setting of a date for appeal hearing. In the meantime, he must be held in detention conditions that conform to international standards (as per the Mandela Rules) and be granted immediate access to adequate health care, as well as adequate food and clothing.
Yours sincerely,
Kano State AG & Commissioner for Justice
X/Twitter: @DederiIsa
Kano State Governor
X/Twitter: @Kyusufabba
Controller General of Nigerian Correctional Service
X/Twitter: @CorrectionsNg
#SetAppealDateForYahayaSheriffAminu
#FreeYahayaSheriffAminu
#DropConvictionAgainstYahayaSheriffAminu
#TreatYahayaSheriffAminuWithDignityInDetention
Procureur général de l'État de Kano:
Kano State Attorney General & Commissioner for Justice
Haruna Isa Dederi
Kano State Ministry of Justice
Audu Baka Secretariat Kano
15, Club Road, P.M.B. 3352, Kano, Nigeria
E-mail: info@justice.kn.gov.ng
Adresse e-mail alternative en cas d'échec de l'envoi: harunadederi@gmail.com
Cibles supplémentaires pour écrire une lettre:
1)
Governor of Kano State
Abba Kabir Yusuf
Government House, Tarauni Kano, Kano State, Nigeria
E-mail: info@kanostate.gov.ng
Twitter/X: @Kyusufabba
2)
The Nigerian Correctional Services
Nwakuche Ndidi
Acting Controller General, Nigerian Correctional Service
Bill Clinton Drive, Airport Road Abuja, Nigeria
E-mail: info@corrections.gov.ng
Twitter/X: @CorrectionsNg
Ambassade de la République Fédérale du Nigeria
Zieglerstrasse 45, Case Postale 574
3000 Berne 14
Fax: 031 384 26 26
E-mail: Nigeria.Berne@foreignaffairs.gov.ng
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MODÈLES DE LETTRE PRÊTS À IMPRIMER/TÉLÉCHARGER:
• MODÈLE DE LETTRE FRANÇAIS 137/20-2 (Word)
• MODEL LETTER ENGLISH 137/20-2 (Word)
CETTE ACTION URGENTE COMPLÈTE (DOCUMENT WORD):
(Page 1 informations, page 2 modèle de lettre)
• UA 137/20-2 – FRANÇAIS
• UA 137/20-2 – ENGLISH
→ Utilisez un modèle de lettre à disposition ci-bas ou écrivez avec vos propres mots
→ Options d'envoi et personne(s) cible(s) voir : ADRESSES et GUIDE RÉSEAUX SOCIAUX
→ Frais d'envoi par poste: Europe = CHF 1.90 / tous les autres pays = CHF 2.50
→ Vous trouvez plus d'informations quant à la participation aux actions de lettre ici
English version (click on title to open):
In August 2020, singer Yahaya Sheriff-Aminu (now 25 years-old) was convicted and sentenced to death by hanging for «blasphemy» after circulating a song on WhatsApp that allegedly contained derogatory comments against Prophet Muhammad SAW. In November 2022, an appeal was filed before the Supreme Court of Nigeria for which a hearing date is yet to be fixed. In the meantime, Yahaya Sheriff-Aminu, who has asthma, remains held in the correctional facility without adequate access to his medication. The Nigerian authorities must take all necessary steps to overturn Yahaya Sheriff-Aminu’s conviction and grant his immediate and unconditional release. Pending his release, he must be granted regular access to all necessary medication.
The death sentence imposed on Yahaya Sheriff-Aminu by the Upper Sharia Court in Nigeria’s Kano state was widely criticized both domestically and internationally - including by the European Parliament, who during its session of 20 April 2023 called on Nigerian authorities to release Yahaya Sheriff-Aminu. UN experts on 16 May 2024 also called for the release of Yahaya Sherrif-Aminu. Furthermore, there were serious concerns about the fairness of Yahaya Sheriff-Aminu’s trial and the framing of the charges against him. Before and during the trial, he was not permitted legal representation. He was finally grant-ed access to legal advice to prepare an appeal after human rights lawyers and activists pressured the court to respect his right to legal representation. In Kano state under the Sharia law, «blasphemy» is a criminal offence which carries the death penalty.
The death penalty remains a lawful punishment in Nigeria and continues to be imposed throughout the country. In 2023, more than 246 new death sentences were recorded. In total, more than 3,413 people were under death sentence by the end of the year. In Nigeria, the 2004 National Study Group on Death Penalty and the 2007 Presidential Commission on the Administration of Justice both stressed that the Nigerian criminal justice system cannot guarantee a fair trial and called for a moratorium on the death penalty.
The blasphemy laws and their implementation violate Nigeria’s obligation to respect and protect the right to freedom of opinion and expression, set out in Article 19 of the ICCPR. Article 19(1) of the IC-CPR states that everyone has the right to hold opinions without interference. Article 19(2) states that everyone has the right to freedom of expression, including the right to seek, receive and impart information and ideas of all kinds through any media. Under Article 19(3), certain restrictions may be im-posed on the exercise of the right to freedom of expression (but not the right to freedom of opinion), but only if such restrictions meet the strict test of being provided by law and demonstrably necessary and proportionate for one of the specific legitimate purposes which are permissible under international law.
The UN Human Rights Committee, in its General Comment no. 34 on freedoms of opinion and expression, has expressly stated that «Prohibitions of displays of lack of respect for a religion or other belief system, including blasphemy laws, are incompatible with the Covenant [ICCPR], except in the specific circumstances envisaged in article 20, paragraph 2, of the Covenant». Article 20(2) of the ICCPR re-quires that «Any advocacy of national, racial or religious hatred that constitutes incitement to discrimination, hostility or violence, shall be prohibited by law». (para. 48).
The African Commission on Human and Peoples’ Rights (African Commission) has repeatedly adopted resolutions on the death penalty, calling on States Parties to the African Charter on Human and Peoples’ Rights – such as Nigeria – to «observe a moratorium on the execution of death sentences with a view to abolishing the death penalty» and to ratify the Second Optional Protocol to the ICCPR, aiming at the abolition of the death penalty, including most recently in November 2024
Detention conditions in Nigeria are harsh, with food, healthcare and other conditions falling short of the minimum requirements set out in the UN Standard Minimum Rules for the Treatment of Prisoners (the Nelson Mandela Rules) and other international standards.
Write an appeal in your own words or use the model letter below. You find a ready-to-print model letter under
→ AKTUELLE DOKUMENTE
→ Addresses see above in ADRESSEN
Please also take action on Social Media (guide see above).
→ SOCIAL MEDIA GUIDE
→ Please take action before 17 August 2025.
→ Preferred language: English. You can also write in your own language.