Le rapport Dix ans d’exploitation sur le chantier du métro de Riyad [en anglais] recense des atteintes graves aux droits humains sur ce projet phare, présenté comme le « pilier » du transport public de la capitale. Derrière son apparence moderne, le métro a été construit par des entreprises internationales et saoudiennes sous l’égide du gouvernement, mais au prix d’une main-d’œuvre migrante exploitée : frais illégaux pour obtenir un emploi, longues heures de travail dans des conditions dangereuses, salaires discriminatoires.
«Les contremaîtres nous forçaient à faire des heures supplémentaires même quand il faisait très chaud.»
Janak, ouvrier du métro venu d'Inde
« L’élégance du métro de Riyad cache une décennie d’abus permis par un système qui sacrifie les droits fondamentaux des travailleurs migrants. Croulant sous des frais de recrutement exorbitants, ces travailleurs ont enduré de longues journées pour un maigre salaire », déclare Marta Schaaf, directrice du programme responsabilité des entreprises à Amnesty International.
Ces abus ont commencé avant même le départ des travailleurs, originaires du Bangladesh, d’Inde et du Népal, contraints de payer entre 700 et 3 500 dollars à des agents de recrutement, les plongeant dans l’endettement. Une fois sur place, beaucoup gagnaient moins de 2 dollars de l’heure, travaillaient plus de 60 heures par semaine et subissaient des conditions extrêmes, malgré des interdictions gouvernementales inefficaces. À cela s’ajoutent confiscation de passeports, logements insalubres et discriminations.
« Quand je travaille par une chaleur extrême, j’ai l’impression d’être en enfer. [...] Personne ne veut travailler dans de telles conditions par choix. Mais qu’est-ce que je peux faire ? Je n’avais pas de travail au Népal », témoigne Indra. Janak, venu d’Inde, raconte : « Les contremaîtres nous forçaient à faire des heures supplémentaires même quand il faisait très chaud. Nous leur disions : "On ne peut pas." Mais ils répondaient : "Continuez à travailler." »
Système de la Kafala
Amnesty appelle à démanteler le système de kafala, à renforcer les inspections centrées sur la protection des droits, et à imposer aux entreprises une diligence accrue en matière de droits humains. Les pays d’origine doivent également contrôler les agences de recrutement et sanctionner les abus.
« Tandis que l’Arabie saoudite poursuit des projets très médiatisés, comme la Coupe du monde de 2034, les autorités doivent complètement démanteler le système de kafala et appliquer rigoureusement le droit du travail, conformément aux normes internationales », conclut Marta Schaaf.
Communiqué de presse du 18 novembre 2025, Londres, Berne – Contact du service de presse