Entre janvier 2014 et juin 2025, 1 816 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, selon les chiffres officiels. Près d’un tiers de ces exécutions (597) concernent des infractions liées aux stupéfiants –des infractions qui, selon le droit international, ne devraient jamais être passibles de la peine de mort. Parmi ces 597 personnes, environ 75 % étaient des ressortissants étrangers.
En 2024, le royaume a enregistré un record de 345 exécutions, dont 122 pour des infractions liées aux stupéfiants –le chiffre annuel le plus élevé jamais documenté par Amnesty depuis 1990. Et la tendance se poursuit : entre janvier et juin 2025, 180 personnes ont déjà été exécutées, dont 37 rien qu’en juin pour des infractions liées aux stupéfiants. Trente-quatre de ces dernières étaient des ressortissants étrangers originaires d’Égypte, d’Éthiopie, de Jordanie, du Nigeria, du Pakistan, de Somalie et de Syrie.
→ Consulter le rapport (en anglais)
Ce pic d’exécutions s’explique en grande partie par un revirement majeur des autorités saoudiennes. En janvier 2021, un moratoire sur les exécutions pour infractions liées aux stupéfiants avait été annoncé, suscitant l’espoir d’un recul durable de la peine capitale. Mais en novembre 2022, ce moratoire a été levé sans explication publique. Depuis, plus de 262 personnes ont été exécutées pour des infractions de ce type –soit près de la moitié du total enregistré sur les dix dernières années.
Ce revirement contredit les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui affirmait que la peine de mort serait limitée aux cas les plus graves. En réalité, les juges saoudiens continuent d’exercer leur pouvoir discrétionnaire pour prononcer des condamnations à mort, y compris dans des affaires n’impliquant pas d’homicide.
Le rapport d’Amnesty s’appuie sur une analyse quantitative des exécutions et sur 25 cas documentés de ressortissants étrangers condamnés à mort. Il met en lumière des défaillances systémiques : absence d’interprètes, de soutien consulaire, de représentation juridique, et recours à la torture pour extorquer des aveux.
Dans au moins quatre cas, les personnes condamnées ont affirmé avoir été battues ou maltraitées pour les forcer à signer des aveux. L’un d’eux, Hussein Abou al Kheir, père de huit enfants, a déclaré avoir été torturé au point de ne plus pouvoir tenir un stylo. Ses aveux ont pourtant été retenus comme preuve par le juge. Il a été exécuté en mars 2023.
Les familles sont souvent tenues dans l’ignorance : elles ne sont pas informées des dates d’exécution, ne reçoivent pas les corps, et ne peuvent organiser de funérailles. Ces pratiques ont été qualifiées de traitements inhumains par les organes des Nations unies.
Le rapport souligne également le recours disproportionné à la peine de mort contre la minorité chiite, qui représente environ 10 à 12 % de la population mais 42 % des exécutions pour des infractions liées au « terrorisme » recensées depuis 2014. Cette répression vise souvent des actes de dissidence pacifique.
Amnesty dénonce aussi la condamnation à mort de personnes mineures au moment des faits. Sept jeunes hommes, dont certains n’avaient que 12 ans, risquent toujours l’exécution, malgré les engagements internationaux de l’Arabie saoudite.
L’organisation appelle également les alliés de l’Arabie saoudite à faire pression pour mettre fin à cette vague d’exécutions et à exiger le respect des obligations internationales en matière de droits humains.
Communiqué de presse du 7 juillet 2025, Londres, Berne – Contact du service de presse