L’analyse effectuée par Amnesty International et S.T.O.P. (Surveillance Technology Oversight Project, organisation new-yorkaise de défense du droit à la vie privée et des droits civiques) sur plus de 2 700 documents à ce jour révèle que des technologies de reconnaissance faciale ont été utilisées à plusieurs reprises par la police de New York, qui a donc soumis la population new-yorkaise à une surveillance invasive, défaillante et profondément discriminatoire.
Les documents montrent par ailleurs que ces technologies ont été utilisées pour identifier des personnes à la suite de signalements non sollicités du public indiquant que certaines personnes étaient suspectes uniquement parce qu’elles parlaient une autre langue ou portaient des tenues qui les distinguaient culturellement.
« New York promet d’être une ville sanctuaire, mais nous avons créé un état de surveillance. Ces technologies coûteuses, biaisées et sujettes aux erreurs gaspillent des milliards de dollars. La surveillance policière expose nos voisins et voisines au risque d’une arrestation injustifiée, d’une expulsion, ou même pire. Il est grand temps que les habitant·e·s de New York voient la façon dystopique dont la police locale nous observe tous et toutes. Il faut maintenant que les législateurs agissent et amènent le NYPD à rendre des comptes, en interdisant la reconnaissance faciale et en imposant un véritable contrôle des autorités civiles », a déclaré Michelle Dahl, directrice exécutive de S.T.O.P.
La reconnaissance faciale porte atteinte au droit à la vie privée en raison de la capture massive de données d’images à l’insu et sans le consentement des personnes concernées. Elle est truffée de préjugés racistes, cible les personnes noires et métisses de façon disproportionnée et étouffe les formes de protestation pacifique et la liberté d’expression par son effet paralysant. C’est pourquoi des centaines d’organisations la considèrent comme illégale. Amnesty International et S.T.O.P. appellent depuis longtemps à l’interdiction de l’utilisation, du développement, de la production et de la vente des technologies de reconnaissance faciale à des fins d’identification et de surveillance de masse par les forces de l’ordre et les autres organes gouvernementaux.
Dans leur analyse des documents obtenus, les deux organisations constatent que la surveillance de la police de New York met fréquemment en danger les populations marginalisées. Les documents du NYPD ont également montré l’existence d’un profilage des habitant·e·s sur des critères liés à la langue, à l’origine ethnique et à d’autres caractéristiques protégées.
Les premières conclusions de l’étude de plus de 2 700 documents révèlent:
- un financement opaque: Plus de 5 millions de dollars dépensés par le NYPD pour la reconnaissance faciale entre 2019 et 2020, avec au moins 100 000 $ supplémentaires chaque année;
- une fiabilité ignorée: Le NYPD a cessé d’évaluer la fiabilité de cette technologie dès 2015, en raison d’un taux d’erreur trop élevé;
- une surveillance illégale: Des agents ont collaboré secrètement avec la police fédérale pour surveiller un compte Instagram privé via une entreprise controversée, en violation des règles internes;
- des menaces sur la liberté d’expression: Le 31 décembre 2019, des propos argotiques sur Times Square ont déclenché une surveillance injustifiée, révélant une méconnaissance du contexte culturel;
- le ciblage de critiques: Le NYPD a utilisé la reconnaissance faciale pour identifier des personnes exprimant des opinions contestataires, comme l’auteur d’un graffiti « FTP » ou une publication hyperbolique sur les réseaux sociaux;
- un profilage ethnique: Deux hommes ont été ciblés à tort lors du Nouvel An à Times Square pour leur langue et comportement jugés « suspects », selon des critères discriminatoires;
- une surveillance politique: Une personne active sur Twitter a été surveillée sans justification, uniquement pour ses opinions;
- une atteinte à la création artistique: Deux chanteurs ont été identifiés et soumis à une procédure d’identification virtuelle en raison du contenu de leur clip.
« Les documents obtenus mettent en évidence de multiples cas de discrimination et d’abus dans l’utilisation de la reconnaissance faciale, ce qui confirme un mépris pour la sécurité des personnes noires et métisses à New York que nos précédentes recherches avaient déjà constaté », a déclaré Matt Mahmoudi, chercheur sur l’intelligence artificielle à Amnesty International. Le NYPD échappe à tout contrôle depuis trop longtemps et profite d’un manque de transparence pour investir dans la reconnaissance faciale et l’utiliser, en toute illégalité, afin de limiter les droits des personnes à la vie privée, à l’égalité et à la non-discrimination ainsi que les libertés d’expression et de réunion pacifique. »
Complément d’information
En septembre 2020, Amnesty International États-Unis a demandé, via la loi sur la liberté d’information (FOIL), l’accès aux documents du NYPD sur la surveillance des manifestations Black Lives Matter. Après le rejet de cette demande et de son recours, S.T.O.P. et le cabinet Quinn Emanuel ont engagé une action en justice au nom d’Amnesty. En 2022, la cour suprême de l’État de New York a ordonné la divulgation de plus de 2 700 documents.
La même année, Amnesty, S.T.O.P. et la coalition « Ban the Scan » ont montré que les quartiers les plus exposés aux contrôles policiers sont aussi les plus surveillés par reconnaissance faciale, avec une concentration accrue de caméras dans les zones habitées par des personnes non blanches, notamment dans le Bronx, Brooklyn et le Queens. Ces organisations appellent le conseil municipal à interdire la reconnaissance faciale — deux propositions en ce sens ont déjà reçu un soutien majoritaire — et demandent au NYPD et au maire de renoncer immédiatement à cette technologie intrusive, discriminatoire et sujette aux erreurs.
Europe et Suisse
Amnesty International demande depuis longtemps l’interdiction complète de la reconnaissance faciale automatisée et de la surveillance biométrique de masse par les autorités de poursuite pénale – y compris en Suisse. La reconnaissance faciale automatisée se répand rapidement en Europe. En Suisse, des politicien·ne·s de l’Alliance Sécurité Suisse ont récemment proposé de l’utiliser lors de manifestations afin de dissuader et d’identifier des personnes potentiellement violentes.
Communiqué de presse du 13 novembre 2025, Londres, Berne – Contact du service de presse