Sur le plan de la zone touchée (27.1084°, 57.0850°), on aperçoit que les frappes n'ont pas épargné l'école. © 2025 Planet Labs
Sur le plan de la zone touchée (27.1084°, 57.0850°), on aperçoit que les frappes n'ont pas épargné l'école. © 2025 Planet Labs
Iran / USA

Les responsables de la frappe qui a causé la mort de 100 enfants devront rendre des comptes

La frappe étasunienne qui a touché une école à Minab, dans la province d’Hormozgan en Iran, a tué 168 personnes, dont plus de 100 enfants. Amnesty International demande que les responsables de cette attaque manifestement illégale soient identifié·e·s et amené·e·s à rendre des comptes.

Les éléments réunis par l’organisation indiquent que le bâtiment scolaire a été directement touché en même temps que 12 autres structures situées dans un complexe adjacent des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Ces informations montrent que les forces américaines n'ont pas pris toutes les précautions possibles pour éviter de causer des pertes civiles, en violation grave du droit international humanitaire. Le fait que l’école ait été directement visée, alors qu’elle avait été séparée du complexe militaire depuis plusieurs années, laisse craindre que les forces étasuniennes se soient appuyées sur des renseignements obsolètes et n’aient pas vérifié de manière suffisante que la cible visée était bien un objectif militaire.

«Les autorités américaines pouvaient et devaient savoir qu’il s’agissait d’un bâtiment scolaire.»

Erika Guevara‑Rosas
directrice principale des recherches, du plaidoyer et des campagnes à Amnesty International

« Cette attaque terrifiante contre une école remplie d’enfants illustre le prix catastrophique et pourtant parfaitement prévisible que paient les civil·e·s dans ce conflit armé. Les écoles doivent être des lieux d’apprentissage et de sécurité et non pas des lieux de mort. Les autorités américaines pouvaient et devaient savoir qu’il s’agissait d’un bâtiment scolaire. Cibler un lieu protégé, comme une école, est strictement interdit par le droit international humanitaire », a déclaré Erika Guevara‑Rosas, directrice principale des recherches, du plaidoyer et des campagnes à Amnesty International.

Les autorités américaines doivent garantir que l’enquête annoncée sur cette frappe soit impartiale, indépendante et transparente. Cette enquête doit examiner la collecte des renseignements, les évaluations, les décisions de ciblage, les précautions prises, ainsi que l’éventuelle utilisation d’outils d’intelligence artificielle dans chacune de ces étapes. Ses conclusions doivent être rendues publiques.

Lorsque des éléments suffisants existent, les autorités compétentes doivent engager des poursuites contre toute personne soupçonnée de responsabilité pénale. Les victimes et leurs familles ont droit à la vérité, à la justice et à une réparation complète.

« Si les auteur·ices de la frappe ont échoué à identifier le bâtiment comme une école et ont néanmoins poursuivi l’attaque, cela révélerait une négligence grave, un échec honteux du renseignement militaire et une violation sérieuse du droit international humanitaire. À l’inverse, si les autorités américaines savaient que l’école jouxtait un site de l’IRGC et ont frappé sans prendre toutes les précautions possibles — par exemple frapper de nuit ou donner un avertissement efficace — il s’agirait alors d’une attaque indiscriminée ayant tué des civil·e·s. Une telle attaque doit faire l’objet d’une enquête comme un crime de guerre », a ajouté Erika Guevara‑Rosas.

Les autorités iraniennes doivent, quant à elles, éloigner les civil·e·s des objectifs militaires dans la mesure du possible, autoriser l’accès d’observateur·ices indépendant·e·s et rétablir l’accès à Internet afin que les 92 millions de personnes vivant en Iran puissent accéder à des informations vitales et contacter leurs proches.

Une frappe meurtrière sur une école

Des vidéos, des images satellites et des témoignages recueillis par Amnesty International indiquent qu’une frappe aérienne a touché l’école primaire Shajareh Tayyebeh le 28 février 2026, causant la mort et des blessures parmi des enfants, des enseignant·e·s et des parents.

Selon les autorités iraniennes, 168 personnes ont été tuées, dont au moins 110 enfants (66 garçons et 54 filles), ainsi que 26 enseignant·e·s et quatre parents. Amnesty International ne peut confirmer ces chiffres en raison de la coupure délibérée d’Internet imposée depuis le 28 février. L’école accueillait des filles et des garçons, sur des étages séparés.

Localisation et statut du bâtiment

L’école est située dans le quartier de Shahrak‑e Al‑Mahdi, à Minab, attenante à un complexe de l’IRGC comprenant plusieurs bâtiments, dont une clinique militaire.

Les analyses des images satellites montrent qu’entre 2013 et 2016, le bâtiment de l’école – auparavant situé dans le périmètre militaire – a été séparé du complexe par de nouveaux murs et doté d’entrées distinctes. Depuis, il fonctionne comme établissement scolaire public.

L’école accueillait à la fois des enfants du personnel de l’IRGC et des familles à faibles revenus, dont certaines issues de la minorité baloutche.

Armes utilisées et risque lié aux renseignements obsolètes

Selon l’analyse d’Amnesty International, un missile Tomahawk fabriqué aux États-Unis – arme utilisée exclusivement par les forces américaines dans ce conflit – est susceptible d’avoir été utilisé pour frapper le complexe adjoint.

D’après le New York Times, une enquête préliminaire interne aux États-Unis indique que la frappe sur l’école résulte de l’utilisation de données obsolètes. Le commandement central américain a confirmé l’usage d’outils avancés d’intelligence artificielle pour traiter de grands volumes de données, ce qui pourrait accroître les risques d’erreurs.

Violations potentielles du droit international humanitaire

Le droit international humanitaire impose :

  • de distinguer en tout temps entre civil·e·s et combattant·e·s, de vérifier que les cibles sont des objectifs militaires, de prendre toutes les précautions possibles pour éviter les pertes civiles, de suspendre ou d’annuler une attaque si la cible apparait comme étant civile ou si l’attaque serait disproportionnée,  de donner un avertissement efficace lorsqu’il est possible de le faire, de maintenir un contrôle humain significatif lors de l’usage d’IA dans la planification et l’exécution des attaques.

Les autorités iraniennes n’auraient pas dû maintenir une école immédiatement adjacente à un objectif militaire dans contexte d’un conflit armé.

Exploitation des victimes par les autorités iraniennes

Amnesty International a documenté des actes de coercition envers des familles endeuillées – notamment l’imposition d’une cérémonie funéraire unique, non conforme aux traditions de certaines familles – ainsi que l’usage d’enfants traumatisé·e·s dans des mises en scène médiatiques. Ces pratiques peuvent constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Le Congrès des États‑Unis doit garantir les efforts pour réduire les atteintes aux civil·e·s.

Les systèmes essentiels mis en place ces dernières années – prolongeant le travail entamé sous la première administration Trump pour mieux prévenir et traiter les atteintes aux civil·e·s causées par les opérations létales américaines à l’étranger – sont menacés par l’administration Trump actuelle.

Selon plusieurs médias, les programmes du Département de la Défense axés sur l’atténuation des dommages causés aux civil·e·s et sur la réponse à ces dommages ont été démantelés, et le président des États‑Unis a levé certaines des contraintes imposées aux commandant·e·s pour autoriser certains types de frappes aériennes et d’opérations spéciales.

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a également renvoyé les principaux conseillers juridiques militaires chargés de veiller au respect du droit international humanitaire dans les opérations militaires.

Contexte régional

Depuis le 28 février 2026, les États‑Unis et Israël mènent des opérations militaires conjointes en Iran, avec des milliers de frappes. Le conflit s’est étendu dans la région, provoquant des pertes civiles importantes en Iran, au Liban, en Israël et dans d’autres pays voisins.

Des expert·e·s des Nations unies ont appelé, le 12 mars 2026, à des enquêtes indépendantes sur les attaques susceptibles de constituer de graves violations du droit international humanitaire, citant spécifiquement la frappe contre l’école.