Ce sondage, réalisé pour Amnesty International par RED C Research and Marketing, révèle que la majorité de la population en Irlande ignore que l'avortement constitue une infraction pénale. Une forte majorité est opposée aux sanctions pénales qu'encourent les femmes qui avortent, ou les médecins qui pratiquent un avortement.
À la question concernant la dépénalisation de l'avortement par le gouvernement irlandais, 67% des personnes interrogées répondent oui, et 25% non. 81% se prononcent en faveur d'un élargissement des motifs autorisant un accès légal à l'avortement en Irlande.
«Il est clair que l'opinion des Irlandais sur l'avortement a radicalement changé. Ils se montrent aujourd'hui globalement plus compréhensifs quant aux situations que les femmes traversent et estiment qu'elles ne doivent pas être traitées comme des criminelles parce qu'elles subissent un avortement, a déclaré Colm O’Gorman, directeur exécutif d’Amnesty International Irlande.
«Ce sondage révèle que sur la question de l'avortement, les citoyens en Irlande ont une longueur d'avance sur leurs gouvernants. Le débat que l'Irlande doit mener sur l'avortement est délicat, mais il doit avoir lieu.
«Le gouvernement irlandais doit soumettre cette question à la population de manière prioritaire. La dépénalisation de l'avortement est une obligation en termes de droits humains, mais c'est surtout ce que souhaite le peuple d'Irlande. Cela suppose d'abroger le 8e amendement de la Constitution», a déclaré Colm O’Gorman.
D'après ce sondage, 70 % des personnes interrogées pensent que les femmes ont le droit fondamental d'accéder à l’avortement, lorsque leur vie et leur santé sont menacées et en cas de viol, d’inceste ou de malformation fœtale grave et mortelle. Le 24 juin 2015, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU a rappelé ce droit et invité l'Irlande à réviser ses lois sur l'avortement afin de les rendre conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.
«Ce sondage révèle que 81 % des personnes interrogées sont favorables à un accès à l'avortement élargi par rapport à la position juridique actuelle de l'Irlande – dont 36 % qui estiment que l'avortement devrait être autorisé lorsque la vie ou la santé de la femme est menacée, en cas de viol, d’inceste ou de malformation fœtale grave et mortelle, et 45 % qui iraient plus loin en autorisant les femmes à avoir accès à l'avortement selon leur choix. 9 % sont en faveur d'un accès autorisé uniquement lorsque la vie de la mère est en danger, ce qui correspond à la législation en vigueur, a déclaré Bryan Cox, directeur de Red C Research and Marketing.
«Nous avons été frappés par le très petit nombre de personnes sondées qui ont refusé de répondre aux questions ou n'avaient pas d'opinion. Il est clair que les Irlandais ont des opinions et qu'ils souhaitent les exprimer.»
Le sondage a été réalisé par Red C au mois de mai, en vue de mieux cerner les opinions de la population irlandaise au sujet des lois sur l'avortement. Il s'inscrit dans le cadre de la campagne que mène Amnesty International en faveur d'un cadre qui protège les droits humains en matière d'avortement en Irlande. Dans ce sondage, une question portait sur le fait de savoir quand l'accès à l'avortement devait entrer en vigueur en Irlande. Les résultats ont ensuite été comparés entre ces groupes.
RED C a mené plus de 1 000 entretiens téléphoniques auprès d'un échantillon représentatif de la population adulte, du 11 au 14 mai 2015. La taille de l'échantillon a été contrôlée par quotas d'âge, de sexe, de statut socio-économique et de région.
Le 9 juin, Amnesty International a publié une synthèse qui montre que les lois relatives à l'avortement en Irlande bafouent le droit relatif aux droits humains : Ce n'est pas une criminelle. La loi sur l'avortement en Irlande et ses conséquences. Depuis, les Nations unies ont également demandé à l'Irlande de modifier ses lois restrictives.
Amnesty International a commandé ce sondage avant de publier sa synthèse, afin de jauger l'opinion publique irlandaise avant qu'elle ne soit influencée par ce rapport ou le débat qu'il risque de susciter.
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