La maison d’une famille près du village de Beit Awa, au sud‑ouest d’Hébron, dans le territoire palestinien occupé de Cisjordanie, a été détruite le 11 février 2026. Les autorités israéliennes affirment que le bâtiment avait été construit sans autorisation – un argument fréquemment invoqué pour procéder à des démolitions. © Mosab Shawer / imago
La maison d’une famille près du village de Beit Awa, au sud‑ouest d’Hébron, dans le territoire palestinien occupé de Cisjordanie, a été détruite le 11 février 2026. Les autorités israéliennes affirment que le bâtiment avait été construit sans autorisation – un argument fréquemment invoqué pour procéder à des démolitions. © Mosab Shawer / imago
Israël/TPO

L’impunité alimente les mesures d’annexion illégales d’Israël en Cisjordanie

Depuis décembre 2025, les autorités israéliennes ont lancé une série de mesures illégales destinées à s’emparer de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, et à rendre l’annexion du territoire irréversible, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

Ces décisions marquent une escalade sans précédent — par leur ampleur et leur rapidité — dans l’expansion des colonies illégales. Elles autorisent un nombre record de nouvelles colonies, agrandissent celles existantes et officialisent l’enregistrement de terres comme propriété de l’État d’Israël. Alors que des gouvernements successifs ont déjà œuvré à renforcer l’occupation et l’apartheid, les mesures actuelles montrent à quel point le gouvernement israélien a intensifié son projet, dans l’ombre du génocide à Gaza.

« Nous voyons aujourd’hui un État, dirigé par un Premier ministre recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, se vanter ouvertement de son mépris du droit international », déclare Erika Guevara‑Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes d’Amnesty.

« Malgré des centaines de résolutions de l’ONU, des avis de la Cour internationale de Justice et une condamnation mondiale, Israël poursuit l’extension de colonies illégales, renforçant un système d’apartheid qui détruit des vies palestiniennes. »

Erika Guevara‑Rosas
directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes d’Amnesty.

Le soutien inconditionnel du gouvernement américain, conjugué à l’absence quasi totale de reddition de comptes pour le génocide à Gaza et pour des décennies de crimes relevant du droit international, a encore enhardi Israël dans ses mesures illégales — notamment la légalisation de confiscations de terres, en toute impunité.

Expansion accélérée des colonies

Le 10 décembre 2025, l’Autorité foncière israélienne a publié un appel d’offres pour 3 401 unités de logement dans la zone E1, à l’est de Jérusalem. Ce projet vise à relier la colonie de Ma’ale Adumim à Jérusalem‑Est et à couper la Cisjordanie en deux, rompant définitivement la continuité territoriale palestinienne entre Ramallah, Jérusalem‑Est et Bethléem. Un projet de route de contournement, dont les travaux débutent ce mois‑ci, entraînera le transfert forcé des communautés palestiniennes vivant dans cette zone.

Bien que le plan E1 existe depuis les années 1990, il avait été gelé pendant des décennies suite à la pression internationale. Sa mise en œuvre rapide aujourd’hui illustre l’absence totale de frein de la part du gouvernement israélien.

Le 11 décembre 2025, le cabinet de sécurité israélien a approuvé la création de 19 nouvelles colonies — portant à 68 le total approuvé par la coalition actuelle en trois ans, et à 210 le nombre total de colonies officielles. Environ 750 000 colons israéliens vivent aujourd’hui illégalement en Cisjordanie, y compris à Jérusalem‑Est.

Parmi les nouvelles colonies figurent des avant‑postes « légalisés » rétroactivement, parfois construits sur des terres dont les habitant·e·x·s palestinien·ne·x·s ont été expulsé·e·x·s récemment à la suite de violences de colons soutenues par l’État.

En 2025, selon Peace Now, un nombre record de 86 avant‑postes — principalement des avant‑postes pastoraux — ont été établis. Ils ont aggravé les violences de colons et provoqué des transferts forcés massifs.

Violences et transferts forcés

Selon B’Tselem, 21 communautés palestiniennes ont été totalement ou partiellement déracinées en 2025. Plus de 600 personnes ont été déplacées de force de Ras Ein al‑Ouja en janvier 2026. Une habitante a décrit à Amnesty la peur constante et les enfants dormant « avec leurs chaussures, prêts à fuir ».

Le 5 janvier 2026, l’administration civile israélienne a désigné 694 dunams de terres appartenant à des villes palestiniennes comme « terres d’État », suivies, le 8 février, de mesures étendant encore le contrôle israélien sur la Cisjordanie (sécurité, urbanisme, ressources en eau, archéologie).

Le 15 février 2026, le gouvernement israélien a adopté une décision équivalant à une annexion de facto : plus de 244 millions de shekels ont été alloués à un mécanisme de gestion du registre foncier transférant les pouvoirs de l’administration civile au ministère de la Justice israélien.

Cette politique de « registre foncier » vise à consolider des saisies massives : près de 58 % des terres de la zone C ne sont pas enregistrées et Israël en contrôle déjà la majorité grâce à des déclarations de « terres d’État ».

Violation flagrante du droit international

« L’enregistrement foncier est un euphémisme pour désigner l’accaparement de terres », explique Erika Guevara‑Rosas. « L’annexion est l’objectif, et Israël a déjà posé la plupart des fondations nécessaires. Les ministres n’estiment même plus devoir dissimuler leurs intentions. »

« Israël ignore totalement ses obligations en tant que puissance occupante et continue de violer ouvertement le droit international. Les avis consultatifs de la Cour internationale de Justice de 2004 et 2024 ont pourtant affirmé l’illégalité de la présence israélienne dans le Territoire palestinien occupé. Une résolution de l’Assemblée générale a fixé septembre 2025 comme date butoir pour y mettre fin. Israël fait l’inverse : il invente de nouvelles façons de violer le droit international, tandis que la communauté internationale se contente de déclarations creuses. »