Amnesty a identifié au moins 15 entreprises, parmi lesquelles le constructeur coréen Hyundai, dont les produits contribuent au génocide à Gaza, ou comme ici à l'occupation illégale de la Cisjordanie. © B'Tselem
Amnesty a identifié au moins 15 entreprises, parmi lesquelles le constructeur coréen Hyundai, dont les produits contribuent au génocide à Gaza, ou comme ici à l'occupation illégale de la Cisjordanie. © B'Tselem
Israël / Territoire palestinien occupé

Pas de profit avec l'apartheid, l'occupation et le génocide

Par leur soutien actif, leur silence ou leur inaction, des États, des institutions publiques et des entreprises du monde entier permettent à Israël de perpétrer des violations graves du droit international – notamment un génocide en cours dans la bande de Gaza occupée, une occupation illégale de l’ensemble du territoire palestinien et un système d’apartheid contre l’ensemble du peuple palestinien. Dans un rapport publié ce jeudi, Amnesty International appelle urgemment les États et les entreprises à rompre avec cette complicité systémique.

« Il est grand temps que les États, les institutions publiques, les entreprises, les universités et les autres acteurs privés renoncent à leur obsession meurtrière du profit. L’occupation prolongée et le système d’apartheid imposés par Israël n’auraient pas pu durer sans un soutien économique et commercial massif. Pour bombarder Gaza sans relâche depuis 23 mois et commettre le génocide en cours, Israël a eu besoin d’un approvisionnement constant en armes et en technologies de surveillance – rendu possible par des partenaires économiques qui choisissent de fermer les yeux sur l’indéfendable », déclare Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Tout cela doit cesser. La dignité humaine n’est pas une marchandise. Tandis que les mères palestiniennes de Gaza en sont réduites à regarder leurs enfants dépérir de faim dans le contexte du génocide israélien, des entreprises, notamment d’armement, continuent de récolter d’importants profits. »

«Pour bombarder Gaza et commettre le génocide en cours, Israël a eu besoin d’un approvisionnement constant en armes et en technologies de surveillance – rendu possible par des partenaires économiques qui choisissent de fermer les yeux sur l’indéfendable.» 
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

« Le rapport du 18 septembre d’Amnesty International détaille les mesures que les États doivent prendre pour respecter leurs obligations – de la mise à l’index et l’interdiction des entreprises qui contribuent ou sont directement liées aux crimes israéliens à une législation et une réglementation efficaces, en passant par le désinvestissement et l’arrêt des achats ou des contrats. Il contient également une liste de mesures à prendre par les entreprises, comme la suspension des ventes ou des contrats et le désinvestissement. »

Ce rapport désigne aussi nommément 15 entreprises qu’Amnesty International a identifiées comme contribuant à l’occupation illégale, au génocide ou à d’autres crimes de droit international commis par Israël. Parmi elles figurent les multinationales américaines Boeing et Lockheed Martin, les compagnies israéliennes d’armement Elbit Systems, Rafael Advanced Defense Systems et Israel Aerospace Industries (IAI), l’entreprise chinoise Hikvision, le constructeur ferroviaire espagnol Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF), le conglomérat sud-coréen HD Hyundai, la société américaine de logiciels Palantir Technologies, la firme technologique israélienne Corsight, et la compagnie publique israélienne des eaux Mekorot.

« Mais ne nous méprenons pas : ces 15 entreprises ne représentent qu’un petit échantillon de toutes celles qui sont responsables d’apporter leur soutien à un gouvernement qui orchestre la famine et le massacre de civil·e·s et prive les Palestiniens et Palestiniennes de leurs droits fondamentaux depuis des décennies. Tous les secteurs économiques, la grande majorité des États et de nombreuses entités privées ont, en toute connaissance de cause, contribué au génocide commis par Israël à Gaza, à son occupation violente du territoire palestinien occupé et à l’apartheid imposé dans ce territoire, ou en ont tiré profit. »

Amnesty International appelle les États à interdire totalement, avec effet immédiat, la fourniture à Israël d’armes et d’équipements et services militaires et de sécurité, ainsi que d’équipements de surveillance, de dispositifs d’intelligence artificielle et d’infrastructures de type cloud utilisés pour soutenir des activités de surveillance, de sécurité et militaires. Cette interdiction doit aussi s’appliquer au transit et au transbordement d’armes, d’équipements militaires et de sécurité et de pièces détachées et composants connexes transférés à Israël via leur territoire, par leurs ports, aéroports ou espaces aérien et terrestre.

L’organisation demande également l’arrêt du commerce avec les entreprises, où qu’elles soient établies dans le monde, qui contribuent au génocide, à l’apartheid ou à l’occupation illégale imputables à Israël, ainsi que des investissements dans ces entreprises. Il s’agit au grand minimum des entreprises citées dans le rapport du rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, ainsi que de celles figurant dans la base de données des entreprises contribuant aux colonies illégales établie par les Nations unies. Les États doivent veiller à ce que les entreprises présentes sur leur territoire se conforment à ces interdictions.

→ LIRE LE RAPPORT

Entreprises contribuant à l’occupation illégale et/ou aux crimes de droit international

Amnesty International a enquêté depuis plusieurs années sur les atteintes aux droits humains commises par des entreprises impliquées dans les activités d’Israël dans le territoire palestinien occupé. Toutes les entreprises citées dans le rapport ont été contactées pour répondre aux préoccupations soulevées ; seules cinq ont répondu en 2025, et leurs réponses ont été prises en compte.

Le rapport documente notamment l’implication de plusieurs entreprises dans des frappes aériennes illégales, la fourniture d’armes, de technologies de surveillance, ou encore le soutien à des projets liés aux colonies israéliennes. Boeing, Lockheed Martin, Elbit Systems, Rafael et IAI sont directement liés à l’armement utilisé dans les bombardements de Gaza. En Suisse, Elbit Systems Switzerland est une filiale qui, selon l'inscription actuelle au registre du commerce, est entièrement contrôlée par Elbit Systems.

Des sociétés comme Hikvision, Corsight et Palantir Technologies fournissent des outils de surveillance et d’intelligence artificielle utilisés dans le cadre du système d’apartheid israélien. Mekorot, CAF et HD Hyundai contribuent à l’occupation par la gestion discriminatoire de l’eau, le développement d’infrastructures coloniales ou la démolition de biens palestiniens.

Enfin, des plateformes touristiques comme Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor continuent de proposer des offres dans les colonies israéliennes illégales, malgré les appels répétés d’Amnesty International à se désengager.

« Ces entreprises doivent assumer leurs responsabilités en matière de droits humains sous peine de devoir subir les conséquences de leurs actes. Elles doivent veiller à ne pas être impliquées dans l’occupation illégale et les crimes de droit international d’Israël sous quelque forme que ce soit. Sinon, elles et leurs employé·e·s et membres du conseil d’administration risquent de voir leur responsabilité civile engagée, voire dans certains cas leur responsabilité pénale pour complicité dans les crimes commis par Israël », déclare Agnès Callamard.

Amnesty International appelle ces compagnies à suspendre immédiatement toutes les ventes et livraisons à Israël d’armes et d’autres équipements militaires, de sécurité et de surveillance, ou encore d’engins de chantier, de pièces détachées ou de biens et services contribuant ou directement liés aux violations des droits humains dans le territoire palestinien occupé. Les États, les institutions publiques et les autres entreprises doivent se servir du levier de leurs investissements dans ces sociétés – en allant jusqu’à faire preuve de responsabilité en retirant leurs investissements et en arrêtant d’acheter leurs produits – afin de faire cesser ces ventes.

Les États doivent aussi interdire à ces sociétés de participer à des salons commerciaux, des réunions gouvernementales, des contrats, des subventions de recherche et des activités avec des organismes publics en lien avec les types de produits vendus en Israël. Toutes ces mesures doivent rester en place jusqu’à ce que les entreprises en question puissent démontrer qu’elles ne contribuent pas à l’occupation illégale ou aux crimes de droit international d’Israël.

« Amnesty International appelle également la société civile et le grand public à se mobiliser pacifiquement pour exiger que les États respectent leurs obligations internationales et que les entreprises impliquées dans les crimes israéliens rendent des comptes. Il est inacceptable que des acteurs économiques continuent de tirer profit de la mort, de la destruction et de la souffrance du peuple palestinien, en maintenant des modèles économiques fondés sur l’impunité », conclut Agnès Callamard.

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Complément d’information

Amnesty International publie ce rapport à l’occasion du premier anniversaire de la résolution adoptée le 18 septembre 2024 par l’Assemblée générale des Nations unies, qui exigeait qu’Israël mette fin à son occupation illégale du territoire palestinien dans un délai de 12 mois. Ce rapport appelle les États et les entreprises à cesser toute activité qui contribue aux violations du droit international commises par Israël, notamment l’occupation, l’apartheid et le génocide en cours.

Cette résolution faisait suite à l’avis consultatif de la Cour internationale de justice, qui a jugé l’occupation illégale et les politiques israéliennes contraires à l’interdiction de l’apartheid. L’ONU avait alors demandé aux États membres de prendre des mesures concrètes : interdire les produits des colonies, suspendre les transferts d’armes vers Israël, et sanctionner les personnes ou entités impliquées dans le maintien de l’occupation.

En janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a reconnu un risque réel de génocide à Gaza et ordonné à Israël de prendre toutes les mesures nécessaires pour l’empêcher. Elle a rappelé que tous les États ont l’obligation de prévenir et de sanctionner le génocide. Ces injonctions ont été réitérées en mars et en mai, mais sont restées sans effet.

En décembre 2024, Amnesty International a conclu qu’un génocide était en cours contre la population palestinienne de Gaza – une analyse de plus en plus partagée par la communauté internationale.

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté deux résolutions en septembre et décembre 2024 : l’une fixant à Israël un délai de 12 mois pour se retirer du territoire palestinien occupé, l’autre appelant à la réalisation des droits du peuple palestinien et demandant aux États de ne pas soutenir les activités liées aux colonies israéliennes, notamment par la fourniture d’armes ou de services.

Communiqué de presse du 18 septembre 2025, Londres, Berne – Contact du service de presse