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Accès aux soins pour les jeunes trans

Contre les interdictions généralisées et pour le respect des droits des mineur·e·x·s

L’accompagnement médical des jeunes trans est devenu un enjeu politique. À l’heure où la société débat plus ouvertement des identités de genre et où des partis autoritaristes s’en saisissent pour nourrir leur argumentaire, il est urgent de remettre les droits humains au centre des discussions. La voix des jeunes doit être prise en compte dans les décisions qui impactent leur santé, et plus largement leur vie.

Détails

Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, la Suisse ne compte annuellement qu’un tout petit nombre de jeunes trans recevant des traitements d’affirmation de genre. Il s’agit généralement d’inhibiteurs de puberté ou de traitements hormonaux – les rares opérations chirurgicales se limitant à la partie supérieure du corps. Pourtant, depuis quelques années, plusieurs interventions parlementaires ont remis en question et compliqué l’accompagnement médical des mineur∙e∙x∙s trans. En 2023, le Grand Conseil bernois  a décidé, à une très faible majorité, d’interdire les opérations d’affirmation de genre chez les mineur∙e∙x∙s. En 2025, la Direction de la santé du canton de Zurich a proposé d’étendre cette interdiction à toute la Suisse.

Aux États-Unis, les forces conservatrices mènent depuis longtemps une croisade contre les traitements et interventions d’affirmation de genre pour les jeunes trans. Sous la seconde présidence de Donald Trump, la prise en charge médicale des jeunes trans est devenue un enjeu politique. De nombreux États américains ont institué des lois interdisant les inhibiteurs de puberté, les thérapies hormonales ou les chirurgies d’affirmation de genre pour les mineur∙e∙x∙s. L’offensive contre les droits des personnes LGBTQIA+ fait partie d’un agenda autoritaire, que l’on observe également en Hongrie et en Pologne. À coup de campagnes mensongères cherchant délibérément à susciter le scandale autour de supposés abus, la stigmatisation des minorités est utilisée à des fins électoralistes.

Atteintes aux droits humains

Les interdictions généralisées des traitements et opérations d’affirmation de genre pour les mineur∙e∙x∙s contreviennent aux normes internationales en matière de droits humains. Elles portent atteinte au droit d’accéder sans discrimination à des soins médicaux de bonne qualité, mais aussi aux droits de l’enfant. Pourtant, c’est bien de l’enfant et de son droit d’être entendu et de participer aux décisions qui le concernent qu’il est ici question. Pour garantir le bien de l’enfant, il est indispensable de connaître son opinion.

Amnesty International alerte sur ces interdictions généralisées, car celles-ci font fi du bien-être (ou de la souffrance) des personnes mineures en refusant de tenir compte de leur compétence à prendre des décisions. Elles nient également les circonstances particulières et les besoins individuels des jeunes concerné·e·x·s. Chaque situation où le genre assigné ne coïncide pas à l’identité ressentie (incongruence ou dysphorie de genre) doit être traitée comme un cas particulier. 

En Suisse, les membres du corps médical sont tenu∙e∙x∙s de peser soigneusement le pour et le contre d’un traitement et d’agir en toutes circonstances dans l’intérêt de leurs patient∙e∙x∙s. Chez les personnes mineures, il convient en outre d’évaluer la capacité de discernement. Si celle-ci est avérée, les mineur∙e∙x∙s dument informé∙e∙x∙s et accompagné∙e∙x∙s par des spécialistes peuvent décider librement d’entreprendre un traitement. Dans sa prise de position de novembre 2024, la Commission nationale d’éthique  dans le domaine de la médecine humaine (CNE) a clairement fixé les principes et les règles juridiques qui s’appliquent en Suisse aux traitements d’affirmation de genre pour les mineur∙e∙x∙s. Elle a également déclaré qu’il n’existe aucune nécessité d’instituer une interdiction généralisée dans notre pays. Bien qu’il n’y ait pas d’obligation légale, les familles sont déjà étroitement associées au processus de transition et reçoivent des conseils et une prise en charge qui vont au-delà des prescriptions en vigueur. 

La Commission de l’ONU pour les droits de l’enfant a souligné toute l’importance des services de santé accessibles aux enfants sans le consentement de leurs parents ainsi que du respect de leur droit à prendre des décisions autonomes correspondant au développement de leurs capacités. La voix des jeunes doit être écoutée pour tout ce qui touche à leur santé et à leur vie. Des interdictions généralisées dans le système de santé rendraient la vie des jeunes trans qui ne sont pas soutenus par leurs parents encore plus difficile, car elles compromettraient leur autonomie et leur sécurité.

Protéger plutôt que légaliser la discrimination

Dans sa prise de position, la CNE affirme clairement qu’au-delà du domaine médical et de l’environnement immédiat des personnes concernées, la société tout entière doit veiller à ne pas discriminer les êtres humains par des attitudes dévalorisantes et excluantes fondées sur une vision stéréotypée du genre. Pour les expert∙e∙x∙s, ce sont surtout ces conditions-cadres sociétales qu’il faut s’atteler à changer. Il n’est pas judicieux de s’attaquer à la prise en charge et aux traitements médicaux et psychologiques qui ont fait leurs preuves et reposent sur des bases scientifiques.

La protection des enfants et des jeunes trans doit faire l’objet de la plus grande vigilance: partout dans le monde, les personnes trans sont quotidiennement victimes de violations de leurs droits humains. En Suisse aussi, elles sont particulièrement exposées à la violence et à la discrimination, comme l’a montré une étude de l’institut gfs.bern réalisée en 2024. La propagande politique attise les préjugés et l’intolérance à l’égard des personnes trans et intersexe. Elles font même davantage l’expérience de la violence et de la discrimination dans notre pays en comparaison de la moyenne des autres pays européens.  

Le Comité contre la torture, le Comité des droits de l’enfant et le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ont critiqué la Suisse à plusieurs reprises pour des interventions superflues du point de vue médical sur des enfants intersexe. Les interventions à des fins d’«assignation de genre» sont souvent effectuées à l’insu des enfants concerné∙e∙x∙s et sans leur consentement explicite. Le 7 juillet 2025, la Direction de la santé du canton de Zurich tenait une conférence de presse, lors de laquelle elle déclarait que ces pratiques devraient demeurer autorisées même en cas d’interdiction de traitement pour les jeunes trans, malgré les protestations des personnes concernées et des organisations de défense des droits humains.

Les traitements médicaux ne doivent être administrés qu’après un diagnostic approfondi, sous étroite supervision et en conformité avec les standards internationaux. Le droit à l’autodétermination corporelle et à des soins médicaux compétents vaut pour tous les enfants et les jeunes.

Tu as besoin de parler ou de recevoir de l’aide?

Le site du Transgender Network Switzerland (TGNS) offre une vue d’ensemble des services de consultation proposés par et pour les personnes trans dans plusieurs villes suisses, ainsi que des services spécialisés dans l’accompagnement des jeunes (seulement en Suisse alémanique).

La Hotline LGBTQIA+ te conseille dans tous tes questionnements concernant la thématique LGBTQIA+. Elle enregistre également les plaintes pour discrimination homophobe et/ou transphobe.

Tu peux aussi t’adresser au 143 – La Main tendue qui t’accompagne dans des situations de crise

Crisis support (en anglais): heart2heart.143.ch)