En ciblant le service public, l'initiative visant à réduire de moitié les redevances affaiblit les droits humains. © Martial Trezzini/KEYSTONE
En ciblant le service public, l'initiative visant à réduire de moitié les redevances affaiblit les droits humains. © Martial Trezzini/KEYSTONE
Prise de position

Pourquoi Amnesty Suisse rejette l'initiative «200 francs, ça suffit!»

Les médias publics sont de plus en plus critiqués dans plusieurs pays européens. Les forces populistes tentent de les affaiblir, de les contrôler, voire de les supprimer – une évolution qui renforce les tendances autoritaires et sape les processus démocratiques. Cette évolution a également atteint la Suisse : l'initiative « 200 francs, ça suffit ! » prévoit une réduction massive des redevances radio et télévision qui mettrait en péril les médias de service public.

Détails

Ce qui est présenté comme un allègement financier pour les ménages et les entreprises poursuit en réalité un objectif politique : faire pression sur la SSR, réduire la diversité des médias et influencer le débat public.

Du point de vue des droits humains, l’enjeu ne réside pas tant dans la manière dont les médias de service public sont financés que dans les conséquences graves qu’entraînerait une diminution massive de leurs ressources sur la diversité médiatique ainsi que sur la liberté d’expression et d’information.

Un modèle européen : comment les forces autoritaires affaiblissent les médias

L'attaque contre la SSR n'est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays européens, les médias de service public ont déjà été affaiblis, voire complètement démantelés.

  • En Hongrie, Viktor Orbán a transformé les chaînes de télévision en porte-voix du gouvernement ; les médias indépendants ont été rachetés ou font l’objet d’intimidations.
  • Des partis politiques comme l'AfD en Allemagne, le Rassemblement national en France, Reform UK au Royaume–Uni et le FPÖ en Autriche font avancer des revendications similaires.

Leur objectif est clair : affaiblir les reportages critiques afin de pouvoir imposer plus facilement leur propre agenda politique. On observe la même tendance dans différents pays : les médias publics sont d'abord discrédités, puis privés de leurs sources de revenus, avant d’être soumis à des pressions politiques ou passés sous le contrôle de groupes servant des intérêts partisans. Les médias privés, fragilisés par la chute des revenus publicitaires – qui migrent toujours davantage vers les plateformes en ligne –, luttent pour leur survie économique, sont rachetés puis alignés sur des orientations politiques.

Signification de l’initiative

L'initiative demande de réduire la redevance de 335 francs actuellement à 200 francs. Les entreprises en seraient totalement exemptées. Le budget de la SSR passerait ainsi de 1,25 milliard de francs à seulement 630 millions environ – soit une baisse de 49,6 %.

Les conséquences concrètes en seraient :

  • des suppressions massives d'emplois, moins de studios régionaux ;
  •  un affaiblissement du journalisme d’investigation, avec moins de recherches et une réduction marquée du traitement indépendant de l’information ;
  • la présence moindre dans les quatre régions linguistiques.

Du point de vue des droits humains, la question n'est pas tant de savoir comment les médias publics sont financés, mais plutôt quelles seraient les conséquences graves d'une telle « réduction de moitié » des moyens financiers des chaînes publiques sur la diversité des médias et la liberté d'expression et d'information.

Il s'agit de la deuxième attaque en peu de temps sur le service public : après l'initiative « No Billag » en 2018, clairement rejetée. L'initiative visant à réduire de moitié le financement de la SSR se présente de manière plus modérée, ce qui la rend politiquement plus dangereuse.

Pourquoi l'initiative est dangereuse
  1. La liberté d'information sous pression

Une démocratie forte et une société libre ont besoin de médias indépendants. Les médias publics garantissent l'indépendance, la pluralité et la qualité de l'information.

L'initiative créerait un dangereux vide informationnel, à une époque où les réseaux sociaux sont marqués par les fausses nouvelles, la désinformation et les récits amplifiés par des algorithmes.

  1. La diversité des médias continue de s'amenuiser

Aujourd'hui déjà, les médias privés sont confrontés à une baisse de leurs revenus. De nombreuses rédactions ont été réduites, les contenus centralisés, des titres supprimés. Quatre grands éditeurs dominent le marché.

La SSR est souvent la dernière offre restante dans certaines régions. Une réduction de moitié de son financement limiterait considérablement la diversité des médias, et donc la liberté d'information.

  1. Les minorités particulièrement touchées

La SSR remplit une mission fondamentale : elle informe toutes les régions linguistiques et rend les minorités visibles, indépendamment de leur intérêt économique.

Les personnes concernées seraient notamment :

  • Les minorités linguistiques (romanche, italophone) ;
  • Les personnes en situation de handicap (par exemple, traductions en langue des signes) ;
  • Les minorités sociales, dont les thèmes ne sont guère abordés autrement.

La Suisse a l'obligation, au titre des droits humains, de garantir un accès à des médias indépendants à l’ensemble de la population, sans discrimination.

  1. Attaquer le quatrième pouvoir renforce les tendances autoritaires

Le contrôle de l'information est un élément central des politiques autoritaires. Affaiblir les médias indépendants rend plus difficiles :

  • Un traitement critique de l’actualité ;
  • Le contrôle démocratique ;
  • La visibilité des violations des droits humains ;
  • Une participation politique éclairée.

L’initiative visant à réduire de moitié le financement public des médias représente une menace directe pour les mécanismes démocratiques et pour une société bien informée.

L'initiative visant à réduire de moitié les redevances affaiblit les droits humains

Le travail de la SSR est essentiel au fonctionnement d’une démocratie vivante – et donc à la protection des droits humains. En relayant la pluralité des opinions, les médias publics permettent la libre formation de l’opinion, encouragent la participation politique, fournissent des informations fiables en temps de crise et contribuent de manière décisive à la visibilité des groupes marginalisés.

Un financement stable et une indépendance politique sont indispensables pour garantir ces missions. C’est pourquoi Amnesty Suisse se positionne clairement contre l’initiative visant à réduire de moitié le financement de la SSR.

Amnesty Suisse appelle à voter NON le 8 mars !

 

Quiconque souhaite renforcer la démocratie et les droits humains doit s'engager en faveur de médias diversifiés, indépendants et forts. L'initiative visant à réduire de moitié le financement de la SSR va dans le sens contraire : elle affaiblit la liberté des médias, met en péril la participation démocratique et sape le droit de touxtes à une information indépendante. C'est pourquoi Amnesty Suisse appelle à voter NON à l'initiative visant à réduire de moitié le financement de la SSR le 8 mars 2026 !