Détails
Condamnés hier soir par le tribunal de première instance de Tunis, les défenseurs des droits humains Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi ont été libérés en raison du temps déjà passé en détention arbitraire.
«Leur libération est un immense soulagement pour leurs familles, qui vont pouvoir célébrer leurs retrouvailles après plus de 18 mois de détention arbitraire", a déclaré Sara Hashash, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. «Il n'en reste pas moins scandaleux que Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi aient été détenus et condamnés pour leur travail humanitaire au sein du Conseil tunisien pour les réfugiés. Ces deux défenseurs des droits humains et travailleurs humanitaires ont été détenus arbitrairement et soumis à une enquête pénale fallacieuse, simplement pour avoir fait leur travail. Leur organisation menait un travail essentiel d'aide aux réfugié·e·s et aux demandeurs·euses d'asile en partenariat avec l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et les autorités tunisiennes.»
«Ces deux défenseurs des droits humains et travailleurs humanitaires ont été arbitrairement détenus et soumis à une enquête pénale fallacieuse, simplement pour avoir fait leur travail.»
Sara Hashash, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord
Mustapha Djemali, 81 ans, et Abderrazek Krimi, 61 ans, n’auraient jamais dû être poursuivis. Offrir un refuge et une assistance à des personnes en danger est un impératif des droits humains. Pourtant, ils sont accusés d’avoir « formé une organisation » pour « faciliter l’entrée clandestine » de migrant·e·s. Ce recours aux lois contre le trafic de migrants détourne leur objectif initial et sert à restreindre l’espace civique. Ce verdict envoie un signal inquiétant : les défenseur·e·s des droits humains et les organisations en Tunisie risquent désormais l’arrestation pour avoir simplement accompli leur mission.
«Cette affaire est un exemple flagrant de la répression généralisée menée par les autorités tunisiennes contre la société civile et les droits des réfugié·e·s et des migrant·e·s, marquée par des arrestations arbitraires, des pratiques discriminatoires fondées sur la race et des discours xénophobes. Les autorités doivent annuler la condamnation.»
«Le gouvernement tunisien doit respecter ses obligations en vertu du droit international, notamment les droits à la liberté d'association et d'expression. Au lieu de criminaliser les défenseur·e·s des droits humains, les autorités doivent leur permettre d'accomplir leur travail essentiel sans crainte de représailles, d'arrestation ou de poursuites judiciaires.»
Contexte
Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi sont respectivement le fondateur et le chef de projet du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR), une ONG tunisienne qui a collaboré avec le HCR et les autorités tunisiennes pour préenregistrer les demandeurs·euses d'asile et fournir une aide essentielle aux personnes en situation précaire. La police les a arrêtés à Tunis les 3 et 4 mai 2024.
Le 24 novembre, le tribunal de première instance de Tunis les a condamnés à deux ans de prison, tout en suspendant le reste de leur peine après avoir pris en compte les 18 mois de détention provisoire déjà purgés. Ils ont été libérés hier soir. Le tribunal a acquitté les trois autres membres du personnel du CTR également jugés. Un quatrième employé a fait appel de son inculpation et n'a pas encore été jugé. Les autorités tunisiennes ont intensifié leur répression contre les défenseur·e·s des droits humains et les organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes par le biais d'arrestations arbitraires, de détentions, de gels d'avoirs, de restrictions bancaires et de suspensions ordonnées par les tribunaux.