Militant des droits humains tuniso-suisse, Mustapha Djemali est incarcéré depuis mai 2024 dans des conditions alarmantes. Âgé de 81 ans, il partage une cellule surpeuplée avec une trentaine de codétenus, sans accès suffisant à des soins médicaux. Sa santé, déjà fragile, se détériore rapidement. Amnesty International, aux côtés de sa famille, appelle à sa libération sans délai.
«L'engagement humanitaire de Mustapha Djemali ne doit en aucun cas être criminalisé.»
Natalie Wenger, coordinatrice Afrique à Amnesty International Suisse
« Mustapha Djemali est détenu uniquement pour avoir défendu les droits des personnes réfugiées. Son engagement humanitaire ne doit en aucun cas être criminalisé », déclare Natalie Wenger, coordinatrice Afrique à Amnesty International Suisse. « Les autorités tunisiennes doivent abandonner toutes les charges retenues contre lui et le libérer immédiatement. Nous appelons également le gouvernement suisse à agir fermement pour obtenir sa libération. »
Mustapha Djemali a consacré sa vie à la défense des personnes en exil, notamment au sein du HCR, puis en fondant le CTR en 2016. Cette organisation collabore étroitement avec le HCR pour fournir une aide de première nécessité et accompagner les démarches d’asile.
Le 2 mai 2024, le CTR publiait une annonce dans le cadre de ses activités habituelles, recherchant des hôtels pour héberger des personnes en quête d’asile en situation précaire. Cette publication avait été détournée dans les médias et sur les réseaux sociaux pour accuser le CTR de favoriser l’installation de « migrants illégaux ». Le lendemain, la police avait perquisitionné les locaux du CTR et arrêté Mustapha Djemali en présence de son fils. Le 4 mai, un autre membre du CTR, Abderrazek Krimi, avait également été arrêté.
Le 7 mai 2024, un juge avait ordonné leur placement en détention provisoire pour six mois, les accusant d’avoir formé une organisation visant à faciliter l’entrée clandestine de personnes sur le territoire tunisien. Leur détention a ensuite été prolongée deux fois, en octobre 2024 et février 2025. Selon la loi tunisienne, une troisième prolongation n’est pas permise, mais Amnesty craint qu’ils ne soient inculpés une fois ce délai expiré.
« Nous redoutons que Mustapha Djemali reste en prison tout l’été à cause de retards administratifs, ce qui mettrait gravement en danger sa santé », alerte Natalie Wenger.
Son fils, Fadhel Djemali, témoigne : « Notre père dort sur une natte à même le sol, souffre de douleurs chroniques et n’a pas accès à ses médicaments. Les températures dans la prison peuvent atteindre 50°C. Nous ne pouvons le voir que dix minutes par semaine, à travers une vitre. Cela nous brise le cœur. »
Mustapha Djemali souffre de la maladie de Horton, une inflammation vasculaire grave. Depuis septembre 2024, les autorités pénitentiaires refusent de lui fournir les traitements dont il a besoin, malgré les demandes répétées de sa famille, qui n’a été autorisée que récemment à lui en remettre une petite quantité. Il n’a pas non plus été autorisé à faire réparer ses lunettes cassées.
La situation est également extrêmement éprouvante pour la famille de Mustapha. Son fils, Fadhel Djemali, a dû mettre sa recherche d’emploi en pause après l’obtention de son diplôme en novembre 2024, car il a dû se rendre à plusieurs reprises à Tunis pour soutenir son père.
Il a déclaré à Amnesty International : « L’arrestation de notre père a bouleversé la vie de mes sœurs et la mienne. Nous vivons tous les trois à Genève. Mais depuis qu’il est détenu, nous nous relayons pour aller en Tunisie, afin qu’il y ait toujours quelqu’un sur place pour les visites, les rendez-vous juridiques, et pour lui apporter deux fois par semaine des repas faits maison. »
La détention de Mustapha Djemali s’inscrit dans un contexte de répression croissante en Tunisie. Depuis 2023, plusieurs ONG ont été fermées, les services essentiels pour les migrant·e·s ont été suspendus et l’accès à l’asile est considérablement restreint. En avril 2025, un tribunal tunisien a condamné 37 personnes – parmi lesquelles des avocat·e·s, militant·e·s et opposant·e·s politiques – à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès inéquitable.
Malgré cela, l’Union européenne a récemment classé la Tunisie comme « pays d’origine sûr », facilitant les expulsions de demandeur·euse·s d’asile vers ce pays. Une décision que dénonce Amnesty International : « En qualifiant la Tunisie de pays sûr, l’UE ferme les yeux sur les violations graves des droits humains. Elle envoie un signal dangereux : celui de la complaisance face à la répression. L’UE et la Suisse doivent tirer les leçons de leurs accords avec des régimes autoritaires et défendre une politique migratoire digne et respectueuse des droits humains », conclut Natalie Wenger.
Communiqué de presse du 4 juin 2025, Berne – Contact du service de presse