Cette année encore, des défenseur·e·s des droits humains ont fait l’objet de manœuvres de harcèlement, d’agressions et de poursuites pénales. Les pouvoirs publics ont entravé le fonctionnement de leurs organisations, en exerçant notamment un contrôle arbitraire sur leur financement.
L’usage illégal de la force par les autorités a donné lieu à des violations des droits humains.
Le recours à des détentions arbitraires et à des procès inéquitables s’est poursuivi, montrant que l’usage du pouvoir de répression par les États n’était pas soumis à des contrôles suffisants et servait souvent des intérêts politiques.
Les personnes privées de liberté enduraient des conditions de détention inhumaines. Des informations ont fait état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, en particulier dans le contexte de la répression politique.
Alors que la pratique des disparitions forcées perdurait dans toute la région, les gouvernements n’ont pas pris de mesures préventives et ont laissé l’impunité l’emporter.
L’impunité demeurait courante pour les violations des droits humains et les crimes de droit international, malgré quelques résultats positifs obtenus dans des affaires datant de plusieurs années.
Les groupes marginalisés ont particulièrement souffert du manque de garanties apportées par les États en matière de droits économiques et sociaux. L’accès aux services publics essentiels tels que l’éducation, les soins de santé et l’eau potable était difficile.
La COP30, qui s’est tenue au Brésil, s’est soldée par un maigre bilan, et l’engagement d’abandonner progressivement les combustibles fossiles n’a pas été renouvelé. Les États n’ont pas adopté de mesures suffisantes pour lutter contre la crise climatique.
L’impunité régnait face à la persistance des violences liées au genre, notamment des féminicides et des violences sexuelles. L’accès à l’avortement était entravé en droit et dans la pratique, et la possibilité de bénéficier de services de santé reproductive n’était pas suffisamment garantie.
Les États ont aussi manqué à leur obligation de garantir le droit des peuples autochtones de jouir de leurs terres, territoires et ressources. Ils n’ont pas mis en place de réels processus de consultation ni respecté le principe de consentement préalable, libre et éclairé sur des questions qui concernaient ces peuples.
Des personnes LGBTQIA+ ont cette année encore subi des violences et des discriminations et n’ont pas été protégées par les autorités. Les personnes transgenres étaient particulièrement exposées. Plusieurs pays ont adopté des lois et des politiques portant atteinte à leurs droits.
Les personnes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile faisaient face à des niveaux alarmants de violence et de discrimination, sur fond de montée des discours racistes et xénophobes dans toute la région. Nombre d’entre elles se sont heurtées à des obstacles pour accéder à leurs droits.
Principales violations recensées en 2025
Des violations des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ont dégradé l’espace civique dans toute la région.
Au cours de l’année, des restrictions abusives des manifestations ont été imposées en Argentine, au Canada, au Chili, à Cuba, en Équateur, aux États-Unis, au Mexique, au Paraguay, à Porto Rico, au Salvador et au Venezuela. Les autorités ont fait usage à plusieurs reprises d’une force excessive pour disperser des manifestations pacifiques ou réprimer les personnes qui y participaient. Des pratiques similaires datant des années précédentes sont restées impunies en 2025. Pendant et après des manifestations, des participant·e·s ont été soumis à des détentions arbitraires et visés par des enquêtes pénales, ce qui mettait en évidence l’utilisation par les États de leur pouvoir de répression pour entraver les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.
La tendance à réformer la législation ou à créer de nouvelles lois pour restreindre abusivement le droit à la liberté d’association s’est poursuivie dans plusieurs pays. Des textes de loi adoptés en Équateur, au Paraguay, au Pérou, au Salvador et au Venezuela ont suscité des inquiétudes en raison de leurs répercussions négatives sur l’existence et le fonctionnement des organisations de la société civile, y compris des médias. Par exemple, la Loi portant création de l’Agence péruvienne de coopération internationale a été modifiée de manière à imposer aux organisations des contraintes arbitraires et disproportionnées.
Des cas de harcèlement, de censure et d’attaques contre des professionnel·le·s des médias ont été enregistrés en Argentine, au Brésil, en Colombie, à Cuba, aux États-Unis, au Guatemala, au Honduras, au Mexique, au Paraguay, au Pérou, au Salvador, en Uruguay et au Venezuela. Ces attaques ont mis en péril la vie et l’intégrité personnelle de journalistes. Des homicides de journalistes ont même été recensés en Colombie, en Équateur, au Honduras, au Mexique et au Pérou. Des professionnel·le·s des médias ont cette année encore été visés par des poursuites pénales et des manœuvres de harcèlement judiciaire. Le président argentin, Javier Milei, a poursuivi en justice au moins huit journalistes pour diffamation et insultes. Au Guatemala, un juge a ordonné le renvoi en prison du journaliste Jose Rubén Zamora, malgré les irrégularités entachant les poursuites intentées contre lui.
La surveillance numérique illégale et d’autres formes d’ingérence dans les communications et la vie privée se sont intensifiées. En Argentine, le ministère de la Sécurité nationale a octroyé à la police fédérale le pouvoir de surveiller des personnes sur les réseaux sociaux sans mandat. Le Mexique a approuvé une réforme juridique prévoyant la création d’une pièce d’identité incluant des données biométriques, ce qui représentait un risque pour le respect de la vie privée.
Les États doivent abolir les lois et les pratiques qui font obstacle à l’exercice des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Ils doivent permettre à la société civile de participer aux affaires publiques.
Des défenseur·e·s des droits humains ont été la cible de poursuites judiciaires, de harcèlement, d’attaques et d’homicides dans presque tous les pays de la région.
Celles et ceux qui défendaient les droits environnementaux et fonciers étaient particulièrement exposés à la répression pénale et à la violence. En Bolivie, 12 personnes qui œuvraient à la protection de la réserve nationale de la faune et la flore de Tariquía ont été inculpées. Au Canada, trois personnes autochtones ont été condamnées à des travaux d’intérêt général pour avoir défendu le territoire des Wet’suwet’en. Au Chili, la défenseure des droits humains María Ignacia González a disparu. Au Pérou, les défenseur·e·s des droits environnementaux Hipólito Quispe Huamán Conde et Isai Shuk Shawit ont été tués. Et, en Colombie, on s’attendait à ce que le niveau de violence contre les défenseur·e·s des droits humains dépasse en 2025 les chiffres relevés lors des deux années précédentes.
Certains pays ont continué d’entraver le fonctionnement des organisations de défense des droits humains. Par exemple, au Salvador, la Loi sur les agents de l’étranger a instauré un prélèvement fiscal de 30 % sur les financements internationaux reçus par les organisations et a doté le pouvoir exécutif de prérogatives lui permettant d’infliger des amendes à ces organisations, voire de leur retirer le statut de personne morale. Au Nicaragua, le ministère de l’Intérieur a édicté, en mars, une réglementation qui facilitait en pratique l’annulation arbitraire du statut juridique des organisations et augmentait le risque qu’elles se voient contraintes de cesser leurs activités.
Des défenseur·e·s des droits humains et des organisations ont subi des actes de harcèlement. Par exemple, en République dominicaine, des personnes et des groupes travaillant sur des sujets liés à la justice raciale, au genre ou à la migration ont dénoncé des actes de harcèlement numérique et la divulgation de leurs données personnelles. Au Paraguay, une commission parlementaire a saisi la justice contre cinq organisations afin de pouvoir accéder à des informations sensibles concernant leurs activités et l’utilisation de leurs fonds.
Les États doivent veiller à ce que les défenseur·e·s des droits humains puissent mener leurs activités sans entraves ni crainte de représailles.
Les autorités de la région ont eu recours à une force excessive et injustifiée, donnant lieu à des violations des droits humains dans le cadre d’opérations qui ont tout particulièrement touché des manifestant·e·s et des personnes faisant l’objet de discriminations multiples.
À Rio de Janeiro (Brésil), des milliers de membres de la police civile et militaire ont été mobilisés dans le cadre d’une opération policière menée en violation des normes internationales applicables à la police, opération qui a fait plus de 120 morts.
Aux États-Unis, 1 143 personnes, dont une part disproportionnée de personnes noires, ont été tuées par balle par la police en 2025. En juin, les forces de l’ordre locales ont utilisé illégalement des armes à létalité réduite pour réprimer des manifestations pacifiques à proximité d’un bâtiment fédéral de Los Angeles où des personnes migrantes étaient détenues. Six personnes ont été blessées. Les États-Unis ont par ailleurs tué au moins 123 personnes dans le cadre d’opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants dans les Caraïbes et le Pacifique. Ces homicides s’apparentaient à des exécutions extrajudiciaires.
Au Honduras, des organisations de la société civile ont dénoncé des violations des droits humains perpétrées par les forces de sécurité dans le cadre de l’état d’urgence, en particulier des détentions arbitraires, un usage excessif de la force et des actes de torture et autres mauvais traitements.
Au Pérou, la police a fait usage d’une force inutile et disproportionnée pendant des manifestations. Elle a fait des dizaines de blessés et tué le manifestant Eduardo Mauricio Ruiz Sanz, qui est mort des suites d’une blessure par balle.
Les États doivent veiller à ce que tout recours à la force soit conforme au droit international relatif aux droits humains et aux normes connexes, notamment en ce qui concerne le principe de non-discrimination.
Plusieurs pays de la région ont recouru à la détention arbitraire pour des raisons politiques, principalement contre des personnes considérées comme opposées au gouvernement, qui étaient généralement jugées sans bénéficier des garanties d’une procédure régulière.
À Cuba, la détention arbitraire a été utilisée comme outil de répression contre des dissident·e·s présumés. En janvier, au moins 211 personnes détenues pour des raisons politiques ont été libérées, mais les autorités ont restreint leurs droits de manière arbitraire et certaines ont vu leur libération conditionnelle annulée pour n’avoir pas renoncé à leurs activités militantes et de défense des droits humains.
Au Salvador, les détentions arbitraires étaient toujours d’actualité : à la fin de l’année, plus de 90 000 personnes étaient privées de liberté sans que cela soit justifié par des preuves suffisantes. L’Assemblée législative a étendu de manière disproportionnée la durée de la détention provisoire et a rendu possible la tenue de procès collectifs sans détermination individuelle de la responsabilité pénale.
Au Nicaragua, des organisations locales ont recensé au moins 60 détentions arbitraires pour des motifs politiques au cours de l’année.
Au Venezuela, de nouvelles détentions arbitraires motivées par des considérations politiques ont été enregistrées et, à la fin de l’année, au moins 806 personnes étaient toujours détenues pour des raisons politiques, d’après des organisations sociales. Les personnes inculpées se voyaient attribuer des avocat·e·s commis d’office qui ne les représentaient pas efficacement, elles n’étaient pas informées des charges retenues contre elles et étaient jugées par des tribunaux manquant d’indépendance.
En Bolivie, en Équateur, aux États-Unis, au Guatemala, au Mexique, au Paraguay et au Venezuela, l’indépendance de la justice s’est encore dégradée.
Les autorités doivent cesser d’utiliser l’appareil judiciaire pour s’attaquer aux voix dissidentes. Elles doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la détention arbitraire et garantir le droit à un procès équitable.
Les personnes privées de liberté étaient détenues dans des conditions inhumaines et la surpopulation était un problème structurel et récurrent.
En Bolivie, les services du défenseur des droits ont attiré l’attention sur l’extrême surpopulation carcérale. Le pays comptait plus de 33 000 personnes incarcérées, pour environ 16 000 places. En Équateur et au Salvador, les personnes privées de liberté continuaient de souffrir de la surpopulation et du manque de nourriture et de soins médicaux adaptés. Certaines sont décédées de mort violente. En Haïti, les lieux de détention pour mineur·e·s étaient surpeuplés et des enfants étaient détenus avec des adultes dans au moins un de ces centres. En Uruguay, les conditions de détention ont continué de se dégrader. Elles restaient insalubres et les établissements pénitentiaires étaient toujours surpeuplés.
Des personnes privées de liberté et celles et ceux qui défendaient leurs droits ont signalé des actes de torture en détention dans plusieurs pays, notamment au Chili, à Cuba, aux États-Unis, au Honduras, au Mexique, au Nicaragua, au Salvador et au Venezuela.
Au Salvador, des actes de torture et d’autres mauvais traitements ont cette année encore été commis en prison, sous la forme de coups, d’humiliations sexuelles, de privation de sommeil et de punitions collectives, entre autres pratiques. En outre, 470 décès en détention ont été recensés depuis le début de l’état d’urgence.
À Cuba, au Nicaragua et au Venezuela, les personnes considérées comme des opposant·e·s au gouvernement étaient particulièrement exposées au risque de torture ou d’autres mauvais traitements. Le Nicaragua a abrogé l’article 36 de sa Constitution, qui interdisait expressément la torture.
Les États doivent garantir les droits et la dignité des personnes privées de liberté.
De nouvelles disparitions forcées ont eu lieu dans toute la région et sont restées impunies. Si elles étaient clairement liées à la répression de la dissidence dans certains pays, dans d’autres, elles étaient le résultat de la mise en œuvre de politiques de sécurité.
À Cuba, les disparitions forcées étaient utilisées comme stratégie répressive contre les défenseur·e·s des droits humains, les militant·e·s, les artistes et les journalistes. Au Nicaragua, plusieurs personnes détenues pour des raisons politiques se trouvaient en situation de disparition forcée, puisque le lieu où elles se trouvaient n’a pas été révélé et qu’elles étaient privées de visites. Au Venezuela, la pratique des disparitions forcées s’est poursuivie. Souvent, les personnes concernées étaient d’abord arrêtées arbitrairement par des agent·e·s de l’État, puis les autorités refusaient de communiquer des informations sur leur sort et de reconnaître qu’elles avaient été arrêtées. Et surtout, rien ne filtrait ensuite du lieu et des conditions de détention de ces personnes.
En Équateur, le ministère public a ouvert des enquêtes sur la possible disparition forcée de 43 personnes à la suite d’opérations de sécurité menées par les forces armées en 2024. Au Salvador, des personnes migrantes et demandeuses d’asile expulsées illégalement des États-Unis et transférées au Centre de confinement du terrorisme en mars ont été soumises à une disparition forcée.
En Colombie, le Comité international de la Croix-Rouge a recensé 136 nouveaux cas de disparition en lien avec le conflit armé entre janvier et mai, dont la disparition de 26 enfants et adolescent·e·s.
Face à la crise des disparitions au Mexique, le Comité des disparitions forcées [ONU] a activé pour la première fois l’article 34 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, afin de déterminer si les disparitions avaient un caractère systématique ou généralisé dans le pays.
Les États doivent cesser totalement de recourir à la pratique de la disparition forcée et prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher les disparitions aux mains d’acteurs non étatiques.
Des décisions de justice ont été prises dans des affaires de violations graves des droits humains. Au Chili, trois membres des Carabineros (police militaire) ont été condamnés pour l’agression dont Moisés Órdenes avait été victime en 2019, alors qu’il manifestait pacifiquement. En Colombie, la Juridiction spéciale pour la paix a rendu ses premières décisions relatives à des cas de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Au Mexique, un tribunal civil a condamné quatre militaires pour l’exécution extrajudiciaire de cinq jeunes hommes en 2023. En Uruguay, 15 condamnations ont été prononcées contre des membres de l’armée et de la police pour des actes constitutifs de crimes contre l’humanité commis sous le régime militaro-civil des années 1970 et 1980.
En Argentine, le procès par contumace de 10 personnes accusées d’avoir commis l’attentat de 1994 contre le siège de l’Association mutuelle israélite argentine a été autorisé. Au Guatemala, un homme en fuite depuis des années a été arrêté et traduit en justice pour sa participation présumée au meurtre de l’évêque Juan José Gerardi en 1998. Au Honduras, un tribunal a décidé de l’ouverture d’un procès contre trois hommes accusés de l’homicide du défenseur de l’environnement Juan López en 2024.
En revanche, d’autres affaires se sont soldées par des échecs ou ont connu des revers. En Bolivie, les procédures engagées contre des membres de la police et de l’armée poursuivis dans le cadre de plusieurs massacres commis en 2019 ont été déclarées nulles. Au Chili, le parquet a décidé de ne pas donner suite à 1 509 affaires de violations des droits humains commises pendant le mouvement de révolte sociale de 2019. En Colombie, des conflits entre la justice militaire et le système pénal ordinaire ont continué de nuire aux enquêtes sur de possibles violations des droits humains ou crimes de droit international commis par des membres de l’armée et de la police. Au Guatemala, une décision de justice qui a assigné à résidence à un militaire déclaré coupable de graves violations des droits humains dans l’affaire Molina Theissen était contraire aux normes internationales relatives aux droits humains. Au Pérou, une loi a amnistié tous les membres des forces armées, de la police nationale et des comités d’autodéfense qui, à l’issue d’une enquête, avaient été poursuivis, jugés et déclarés coupables en lien avec des crimes contre l’humanité et autres graves atteintes aux droits humains commis entre 1980 et 2000.
L’enquête sur le Venezuela devant la CPI a peu progressé et le Bureau du procureur de la CPI a décidé de fermer sa représentation à Caracas en décembre.
Les États doivent garantir la vérité, la justice et des réparations pour les violations des droits humains et les crimes de droit international. Ils doivent déférer à la justice les responsables présumés de tels crimes, en leur accordant toutes les garanties d’une procédure régulière.
Les États de la région n’ont pas garanti les droits économiques et sociaux de leur population, et les groupes marginalisés ont particulièrement pâti de cette situation.
Le droit à la santé n’était pas acquis pour tout le monde. Les coupes soudaines survenues au début de l’année dans l’aide étrangère fournie par les États-Unis ont eu des répercussions négatives sur l’accès aux services de santé au Guatemala et en Haïti. Les autorités cubaines ont reconnu en juillet que seuls 30 % des médicaments essentiels étaient disponibles dans le pays. Au Paraguay, le système de santé était toujours en crise, car les investissements publics dans ce secteur étaient inférieurs à 6 % du PIB, minimum recommandé par l’OMS. En Uruguay, l’accès aux services de santé mentale était insuffisant et le taux de suicide préoccupant.
Le droit à l’éducation a été mis à mal par des coupes budgétaires et par la violence. Au Salvador, le nombre d’inscriptions dans les établissements scolaires publics a chuté, avec 25 000 inscriptions en moins pendant les premiers mois de l’année. En Haïti, la violence a entravé l’accès à l’éducation.
En Argentine, la retraite minimum était trop faible pour permettre aux personnes âgées de subvenir à leurs besoins essentiels, et plus de trois millions d’entre elles vivaient dans la pauvreté.
Des obstacles à l’accès aux services publics essentiels ont cette année encore été constatés. Cuba a connu tout au long de l’année de graves problèmes de distribution d’électricité, qui ont donné lieu à de fréquentes et importantes coupures touchant des millions de personnes. Au Guatemala, l’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement dignes était profondément inégalitaire. En Haïti, la crise humanitaire s’est poursuivie, entravant l’accès à l’alimentation, aux soins de santé et à l’eau potable, entre autres droits. Au Venezuela, l’année a été marquée par de nouvelles coupures d’eau et d’électricité, ainsi que par des manifestations dénonçant l’insuffisance des services de base.
Les États doivent garantir à chacun·e un accès équitable aux droits économiques et sociaux, sans discrimination.
La COP30, qui s’est tenue en novembre au Brésil, a eu une portée limitée. La promesse d’abandonner progressivement les combustibles fossiles n’y a pas été réitérée. Les pays à revenu élevé ne se sont pas non plus engagés fermement à augmenter les financements sous forme de subventions dont les pays à faible revenu avaient besoin pour s’adapter au changement climatique.
Même avant la COP30, les États de la région n’avaient pas suffisamment agi face à la crise climatique, ce qui a eu des effets sur les droits humains tout au long de l’année. Les autorités de certains pays, comme l’Argentine et les États-Unis, ont continué de nier l’existence d’une crise climatique.
Les objectifs et politiques climatiques de l’Argentine restaient insuffisants. Le Canada a accordé des subventions, des financements et des allègements fiscaux à des projets dans les secteurs de la pétrochimie et des combustibles fossiles. L’Équateur a continué d’autoriser le torchage du gaz en Amazonie, malgré une décision de justice de 2021 ordonnant la suppression des torchères. Aux États-Unis, la « domination énergétique » a été déclarée urgence nationale par un décret exécutif, qui visait notamment à relancer l’industrie du charbon, en dépit de ses effets sur l’environnement. Le Honduras était en retard dans l’élaboration et l’adoption de mesures d’adaptation au changement climatique.
En Bolivie, le changement climatique a accentué la déforestation, les incendies de forêt et la perturbation des régimes pluviométriques, ce qui a aggravé les pénuries d’eau et compromis le droit à l’eau et la sécurité alimentaire. Au Brésil, les pénuries d’eau, les déficits pluviométriques, les glissements de terrain, les tempêtes, les inondations, les vagues de chaleur et les sécheresses ont eu un effet disproportionné sur les populations vulnérables, en particulier les personnes noires, autochtones ou à faibles revenus. Le Paraguay était confronté à des risques croissants liés au changement climatique, notamment des sécheresses, des inondations et la montée des températures.
Les autorités doivent prendre en compte, prévenir et atténuer les effets de la crise climatique sur les droits humains en agissant à l’échelon local et régional.
Au Chili, une nouvelle réglementation sur l’avortement a été adoptée afin de garantir une prise en charge sans retard. Au Mexique, quatre États ont adopté des lois dépénalisant l’avortement. En dépit de ces avancées concrètes, les obstacles à l’accès à l’avortement persistaient dans la législation et dans la pratique en Argentine, au Brésil, en Colombie, en Équateur, aux États-Unis, au Guatemala, en Haïti, au Honduras, au Pérou, à Porto Rico, en République dominicaine, au Salvador et au Venezuela.
Aux États-Unis, le gouvernement fédéral a supprimé des mesures qui contribuaient à étendre et protéger l’accès aux soins de santé reproductive et réduit le financement des structures et programmes spécialisés. À Porto Rico, une loi rendant obligatoire l’accord écrit du père, de la mère, du tuteur ou de la tutrice pour qu’une fille de moins de 16 ans puisse accéder à des services d’avortement a été adoptée. En République dominicaine, le nouveau Code pénal qui a été promulgué interdisait totalement l’avortement. L’interruption volontaire de grossesse continuait d’être réprimée pénalement dans toutes les circonstances en Haïti, au Honduras, au Nicaragua et au Salvador.
Alors que les grossesses chez les filles et les adolescentes restaient un problème, les gouvernements n’ont pas pris de mesures pour lutter contre ce phénomène. En Argentine, un plan officiel qui avait permis de faire baisser les grossesses adolescentes de 49 % au cours des quatre années précédentes a été supprimé. Au Pérou, 992 filles de moins de 15 ans ont été forcées de mener leur grossesse à terme.
Les autorités doivent garantir les droits sexuels et reproductifs, dont l’accès à un avortement sécurisé.
Les femmes et les filles étaient toujours confrontées à un niveau de violence alarmant, notamment à des féminicides, dont des cas ont été enregistrés comme tels en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie, à Cuba, au Honduras, au Mexique, au Paraguay, au Pérou, à Porto Rico et en Uruguay. Dans plusieurs pays, les statistiques disponibles sur ce type d’infraction n’étaient ni suffisantes ni fiables.
À Cuba, le féminicide n’était toujours pas considéré comme une infraction à part entière. À Porto Rico, la Cour d’appel a jugé inconstitutionnel un article du Code pénal sur le féminicide, au motif qu’il portait atteinte au droit à une procédure régulière et à la présomption d’innocence.
D’autres formes de violences contre les filles et les femmes, notamment des violences sexuelles, ont été observées en Argentine, en Bolivie, au Chili, à Cuba, aux États-Unis, au Mexique, au Pérou, en République dominicaine, en Uruguay et dans d’autres pays. En République dominicaine, la qualification pénale des violences sexuelles commises dans le contexte du couple prévue dans le nouveau Code pénal était rétrograde et contraire aux normes internationales.
Quelques avancées ont cependant été obtenues au cours de l’année, comme l’entrée en vigueur, en Bolivie, de la loi no 1639, qui interdisait le mariage précoce des personnes de moins de 18 ans, ou la promulgation, en Colombie, en janvier, d’une loi rendant possible le divorce sans l’assentiment du conjoint ou de la conjointe.
Les États doivent prendre des mesures efficaces pour mettre fin aux violences fondées sur le genre et veiller à ce que les femmes et les filles jouissent de leurs droits sans discrimination.
Les peuples autochtones ont continué d’être la cible de discriminations et de violences ; ils subissaient également les effets de la crise climatique, et les États ne respectaient pas leurs droits. La Bolivie, le Canada et l’Équateur, entre autres, ont continué d’autoriser l’extension de projets d’extraction dans les territoires de peuples autochtones sans consultations satisfaisantes et conformes aux normes internationales sur le consentement préalable, libre et éclairé.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme a jugé que l’Équateur avait bafoué le droit à la propriété collective de peuples indigènes d’Amazonie en autorisant des activités d’extraction minière sur leur territoire.
Au Canada, plusieurs projets de loi menaçaient le droit à l’autodétermination des peuples autochtones, notamment en cherchant à accélérer l’approbation des grands projets d’infrastructure.
Au Brésil, des dirigeant·e·s et des membres de communautés autochtones ont été tués dans des affaires liées à des revendications et des conflits territoriaux. Au Brésil et au Paraguay, les Avás Guaranís du Paraná attendaient toujours que leur territoire ancestral, dont ils avaient été déplacés en raison de la construction de la centrale hydroélectrique d’Itaipú Binacional, leur soit restitué.
En Colombie, les populations autochtones et d’ascendance africaine ont continué de subir de manière disproportionnée de multiples déplacements forcés de masse, des confinements et des restrictions à la mobilité.
Au Venezuela, plusieurs communautés indigènes yekuanas de l’État d’Amazonas ont signalé l’émergence de situations conflictuelles sur leur territoire en raison d’activités d’extraction illégales.
Les États doivent respecter et protéger le droit qu’ont les peuples autochtones de posséder, d’utiliser et de contrôler leurs terres, territoires et ressources.
Des personnes LGBTQIA+ ont été victimes de violences dans toute la région et les discours stigmatisants dont cette catégorie de population faisait l’objet ont pris de l’ampleur, en particulier ceux visant les personnes transgenres. À la fin de l’année, d’après des organisations locales, au moins 29 personnes LGBTQIA+ avaient été tuées au Guatemala et 35 au Honduras, tandis qu’au moins 17 transféminicides avaient été recensés au Mexique. Dans la plupart des pays, les gouvernements n’ont pas fourni de données fiables sur ce type de crime. Le Canada, les États-Unis, le Paraguay, le Pérou et Porto Rico ont mis en place des lois ou des politiques qui restreignaient les droits des personnes transgenres.
La violence et la discrimination touchaient de manière disproportionnée les personnes souffrant de formes multiples de discrimination. Au Brésil, des cas de violence raciste contre des personnes LGBTQIA+ noires ont été recensés. Aux États-Unis, des lois restreignant les services de santé pour les jeunes transgenres ont été adoptées. Au Paraguay, deux personnes migrantes transgenres se sont vu refuser l’émission de documents reflétant leur identité de genre.
Les autorités n’ont pas pris de mesures adéquates pour lutter contre ces formes de violence. Dans certains pays, les services prenant en charge les victimes ont été affaiblis ou démantelés. Par exemple, le gouvernement fédéral des États-Unis a fermé la ligne dédiée aux jeunes personnes LGBTQIA+ de la permanence téléphonique nationale de prévention du suicide.
Les États doivent reconnaître les droits des personnes LGBTQIA+, en particulier ceux des personnes transgenres, et prendre des mesures pour les protéger contre toutes les formes de discrimination et de violence.
Les personnes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile ont été la cible de niveaux alarmants de violence et de discrimination dans la région. Leur situation a été complexifiée par les discours et les politiques qui avaient cours dans plusieurs pays, en particulier aux États-Unis, et qui ont eu un effet sur les flux migratoires à travers le continent. En Colombie, au Costa Rica et au Panama, les autorités ont constaté que les flux de migration irrégulière vers le nord avaient fortement diminué, tandis que de plus en plus de migrant·e·s se dirigeaient vers le sud.
Les autorités de plusieurs pays ont diffusé des discours stigmatisants, hostiles et discriminatoires. Au Chili et aux États-Unis, les propos racistes et xénophobes se sont multipliés dans le contexte des élections.
Aux États-Unis, un programme raciste et anti-immigration a été mis en place. Des fonctionnaires masqués ont arrêté des personnes sans tenir compte de leur situation au regard de la législation relative à l’immigration et des véhicules blindés ont patrouillé dans les rues et visé des zones à proximité d’écoles, de lieux confessionnels, d’hôpitaux et d’autres endroits qui étaient auparavant à l’abri des opérations d’application des lois anti-immigration.
En République dominicaine, des pratiques de profilage racial, de détention arbitraire, de recours excessif à la force et de traitements cruels et inhumains ont cette année encore été constatées dans le cadre des opérations de contrôle de l’immigration et dans les centres de détention pour migrant·e·s. Des expulsions collectives, contraires au droit international, ont également eu lieu. En outre, un protocole de santé mis en place dans les hôpitaux prévoyait l’expulsion des personnes migrantes en situation irrégulière après leur prise en charge. Les principales victimes de ce protocole étaient les personnes haïtiennes ou dominicaines d’origine haïtienne.
Les États n’ont pas fait en sorte que les personnes migrantes et réfugiées puissent exercer leurs droits de manière satisfaisante et sans subir de discrimination. Dans de nombreux cas, ils ont même cherché à restreindre encore davantage ces droits. Au Canada, le Programme des travailleurs étrangers temporaires continuait de lier les personnes migrantes à leur employeur ou employeuse, malgré la fréquence des atteintes aux droits fondamentaux et le risque inhérent d’exploitation et de discrimination. D’autres restrictions ont en outre rendu la situation des migrant·e·s encore plus précaire. Au Chili, le Congrès a poursuivi son examen de plusieurs propositions de loi qui permettraient de considérer l’immigration comme une infraction. La Colombie et le Mexique ne disposaient toujours pas d’un système d’asile efficace.
Les États doivent lutter contre le racisme et la xénophobie, protéger les personnes réfugiées, demandeuses d’asile et migrantes, et garantir l’ensemble de leurs droits.