Les autorités ont imposé de plus en plus de restrictions excessives des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, resserrant leur contrôle au moyen de la législation, du maintien de l’ordre et de la surveillance numérique. Ces mesures se renforçaient mutuellement, amenuisant l’espace civique et érodant les libertés fondamentales. Les États ont normalisé la répression de la dissidence, ce qui s’est traduit par le recours à une force meurtrière au Népal et en Indonésie, l’application abusive de lois antiterroristes en Inde, une vague de détentions arbitraires à l’approche du scrutin du mois de décembre imposé par l’armée au Myanmar, et l’arrestation de militant·e·s à Hong Kong.
À l’échelle internationale, des victoires ont été remportées dans la lutte pour la reddition de comptes, avec notamment l’arrestation et le transfert à la CPI de Rodrigo Duterte, ancien président des Philippines, et les mandats d’arrêt décernés par la CPI contre deux dirigeants talibans pour le crime contre l’humanité de persécution liée au genre. En dehors de ces deux cas, l’impunité demeurait solidement ancrée. Ainsi, aucune avancée n’a eu lieu depuis le dépôt de requêtes aux fins de délivrance de mandats d’arrêt de la CPI contre des responsables de crimes de droit international commis contre les Rohingyas, et les autorités chinoises n’ont pris aucune mesure significative pour remédier aux crimes contre l’humanité perpétrés dans le Xinjiang. L’Afghanistan a poursuivi le démantèlement des mécanismes nationaux d’obligation de rendre des comptes, et, au Sri Lanka, ces mécanismes restaient largement inefficaces pour répondre aux atteintes aux droits humains commises pendant la guerre.
Les États ont intensifié la répression transfrontalière. La Thaïlande a expulsé des Ouïghour·e·s vers la Chine et extradé des défenseur·e·s montagnards vers le Viêt-Nam malgré les risques de violations des droits humains qu’ils y encouraient. La Malaisie a collaboré avec les autorités thaïlandaises pour cibler un journaliste et, en parallèle, Hong Kong et la Chine ont utilisé des lois pour pourchasser des militant·e·s à l’étranger, harcelant leurs familles et leurs ami·e·s restés à Hong Kong.
La discrimination aggravait les préjudices subis par les populations marginalisées et vulnérables. Les Rohingyas étaient en butte au travail forcé au Myanmar et ont été touchés de façon disproportionnée par les coupes dans l’aide humanitaire destinée aux camps de personnes réfugiées au Bangladesh. Les minorités religieuses ont été systématiquement prises pour cible en Afghanistan, en Chine continentale et au Pakistan, et les populations autochtones en Australie et en Indonésie ont continué d’être dépossédées de leurs terres. Dans toute l’Asie du Sud, les dalits (opprimé·e·s) étaient relégués à des emplois dangereux.
La violence liée au genre a persisté partout dans la région, et des atteintes aux droits humains facilitées par la technologie ont fait les gros titres de la presse en Corée du Sud, en Thaïlande et au Viêt-Nam.
La traite des êtres humains et le travail forcé ont prospéré en Asie du Sud-Est, notamment dans les centres d’escroquerie du Cambodge et du Myanmar, où des personnes étaient réduites en esclavage et torturées.
La crise climatique, la vulnérabilité face à d’autres catastrophes et la fragilité économique ont accentué la privation de droits. En Afghanistan, des millions de personnes étaient tributaires de l’aide humanitaire en raison notamment des séismes et des expulsions opérées depuis l’Iran et le Pakistan, tandis que des inondations en Indonésie, au Pakistan, aux Philippines, au Sri Lanka et au Viêt-Nam ont causé des décès et des déplacements massifs, détruit des récoltes et aggravé la pauvreté. Le changement climatique et les catastrophes qui ont frappé le Bangladesh, Kiribati, le Pakistan et Tuvalu ont entraîné cette année encore des déplacements de populations et accentué de ce fait les inégalités structurelles. Les pénuries chroniques de produits de première nécessité en Corée du Nord et les coupes opérées dans les prestations sociales au Sri Lanka, en application de la politique d’austérité du gouvernement, ont souligné combien les grandes orientations économiques aggravaient la précarité.
Principales violations recensées en 2025
Dans toute la région, des gouvernements ont continué de mettre en œuvre des lois restrictives et des pratiques étouffant la liberté d’expression, parallèlement à des mesures de censure, de surveillance et de représailles visant les défenseur·e·s des droits humains, les journalistes, les militant·e·s et les universitaires. Plusieurs pays ont adopté ou maintenu des lois octroyant de larges pouvoirs aux autorités pour contrôler les contenus en ligne et bâillonner la dissidence. Le gouvernement des Fidji a rejeté les recommandations de l’ONU l’invitant à réformer des lois restrictives relatives à l’ordre public. Au Myanmar, une loi sur la cybersécurité a érigé la dissidence en infraction au moyen de dispositions rédigées en termes vagues, et la législation électorale prévoyait de très lourdes peines, y compris la réclusion à perpétuité et même la peine de mort, en cas de violences liées à des élections. Au Népal, un projet de loi relatif aux réseaux sociaux a été présenté pour permettre à l’exécutif d’ordonner la suppression de contenus et l’accès à des données sans contrôle judiciaire. Ce texte prévoyait des sanctions pénales en cas de diffusion de « fausses informations » et de trollage. Les modifications apportées par les autorités pakistanaises à la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité ont élargi leurs pouvoirs de censure et de répression pénale de l’expression en ligne d’opinions. Au Sri Lanka, les autorités ont continué de recourir à une loi particulièrement draconienne sur la prévention du terrorisme. En Inde, le gouvernement du Maharashtra a adopté une loi spéciale relative à la sécurité publique en vue de réprimer pénalement la dissidence. Les autorités malaisiennes ont continué d’utiliser des lois de très large portée, telles que la Loi sur les communications et le multimédia, pour restreindre la liberté d’expression ; en Mongolie, des modifications du Code pénal ont rétréci l’espace civique ; les autorités cambodgiennes ont recouru à la déchéance de nationalité pour sanctionner des personnes qui les critiquaient ; et aux Maldives, une proposition de loi visait à élargir les pouvoirs exercés sur les journalistes. Au Viêt-Nam, la Loi sur la cybersécurité a été modifiée, ce qui permettait désormais à la police de demander aux fournisseurs d’accès à Internet l’adresse IP d’un·e internaute et la suppression de contenus dans un délai de 24 heures. Par ailleurs, un projet de loi relatif à la presse visait à obliger les journalistes à révéler leurs sources. Ces deux initiatives ont suscité des craintes quant à la surveillance en ligne et au respect de la vie privée.
Les gouvernements ont de plus en plus pris pour cible les espaces numériques dans l’objectif de museler la dissidence. Les autorités singapouriennes ont à maintes reprises utilisé la Loi relative à la protection contre les mensonges et la manipulation en ligne pour s’en prendre à des militant·e·s, des organes de presse et des figures de l’opposition. Les autorités chinoises et hongkongaises ont élargi le champ de leur législation relative à la sécurité nationale afin de pouvoir viser un éventail plus large encore d’activités pacifiques. À Hong Kong, les pouvoirs publics ont étendu cette législation au domaine de l’éducation, restreignant la liberté d’expression. La justice a quant à elle confirmé la légalité de dispositions législatives réprimant pénalement l’incitation à s’abstenir de voter. Au Népal, les autorités ont bloqué Telegram et 26 autres plateformes de réseaux sociaux et, au Pakistan, des chaînes YouTube et des comptes de réseaux sociaux critiques à l’égard du gouvernement ont été interdits. Les autorités indiennes ont ordonné à X et à Instagram de bloquer plusieurs milliers de comptes et ont restreint l’usage de la satire, et, dans l’État de Jammu-et-Cachemire, 25 livres ont été interdits. Les autorités nord-coréennes ont maintenu leur contrôle quasi total sur le pays, brouillant des émissions, inspectant des domiciles et imposant de très lourdes sanctions, allant jusqu’à l’exécution, pour la diffusion de médias étrangers.
Les représailles contre les personnes exerçant leur liberté d’expression étaient monnaie courante. En Afghanistan, les talibans ont arrêté des journalistes, fermé Radio Nasim, interdit dans les universités les livres écrits par des femmes et les poèmes critiquant leur politique, et coupé l’accès à Internet. En Chine, la journaliste Zhang Zhan a été condamnée à une deuxième peine d’emprisonnement et, à Hong Kong, le militant prodémocratie Joshua Wong a fait l’objet d’une nouvelle inculpation au titre de la législation sur la sécurité nationale.
En Inde, le harcèlement des journalistes s’est intensifié : la police a procédé à des fichages et des arrestations et le statut de citoyenne indienne d’outre-mer de l’universitaire Nitasha Kaul a été révoqué.
Au Cambodge, des journalistes et des militant·e·s ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. La Malaisie a collaboré avec les autorités thaïlandaises pour arrêter un écrivain et, en Mongolie, la police a effectué une descente dans les locaux d’un média indépendant. En Thaïlande, un universitaire a été inculpé en raison de ses travaux sur les relations entre les sphères civile et militaire. Au Viêt-Nam, un militant des droits fonciers a été condamné à 21 ans d’emprisonnement pour s’être « opposé au gouvernement ».
Les États doivent abroger ou modifier les lois restrictives ou répressives, garantir un contrôle judiciaire efficace de la régulation des contenus et protéger les journalistes et les militant·e·s contre le harcèlement et la violence.
Le droit à la liberté de réunion pacifique restait soumis à de fortes contraintes, les gouvernements recourant à la répression, à la détention provisoire et à des cadres juridiques restrictifs. Tout au long de l’année, des mouvements de protestation ont été violemment réprimés. En Afghanistan, les forces talibanes ont tué au moins 10 manifestant·e·s et en ont blessé 40 lors de manifestations déclenchées par le programme d’éradication du pavot dans la province du Badakhchan. En Indonésie, des arrestations massives ont eu lieu et
4 000 protestataires ont été arrêtés, 900 agressés, et au moins 10 tués lors de manifestations d’ampleur nationale. Au Népal, les manifestations de la « Gen Z » organisées par des jeunes contre la corruption et l’interdiction de réseaux sociaux ont été assombries par la mort de
76 personnes, parmi lesquelles des manifestant·e·s et des policiers·ères. Les autorités pakistanaises ont eu recours à des coupures d’Internet et à la force meurtrières contre des manifestant·e·s au Baloutchistan et dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan. Les autorités malaisiennes ont mené des opérations de maintien de l’ordre brutales et procédé à des arrestations pour réprimer la dissidence. Aux Philippines, plusieurs centaines de personnes, des jeunes pour la plupart, ont été arrêtées lors de manifestations contre la corruption. À Hong Kong, les autorités ont bloqué des rassemblements et arrêté des personnes qui voulaient manifester ; des manifestations des fiertés ont par ailleurs été annulées. La marche des fiertés qui devait avoir lieu à Hô Chi Minh-Ville a été annulée pour la première fois en 13 ans, et d’autres événements du même type ont été censurés ou annulés au Viêt-Nam à la suite du harcèlement pratiqué par les autorités locales.
Les refus d’autoriser des rassemblements et les arrestations et poursuites judiciaires contre des manifestant·e·s étaient monnaie courante dans toute la région. Les autorités indiennes ont arrêté des étudiant·e·s de l’université Jamia Millia Islamia, des figures de l’opposition, dont Rahul Gandhi, et des employé·e·s du secteur de l’assainissement après leur avoir refusé l’autorisation d’organiser des rassemblements. Aux Maldives, des femmes ont été arrêtées pour avoir manifesté (pourtant pacifiquement) devant des ambassades. Des tribunaux sud-coréens ont condamné des militant·e·s défendant les droits des personnes en situation de handicap pour avoir participé à des manifestations pacifiques. Les autorités indiennes et singapouriennes ont continué d’invoquer des lois restrictives pour déclarer illégaux des rassemblements.
Le contrôle auquel étaient soumis les droits de réunion pacifique et d’association a été renforcé au moyen de dispositions restrictives. Les autorités taiwanaises ont mis en place des restrictions arbitraires dans des zones sensibles et, à Hong Kong, de nouvelles zones
« interdites » ont été créées pour limiter non seulement les manifestations, mais aussi toute présence non autorisée. En Malaisie, les autorités ont continué de recourir à des pratiques de maintien de l’ordre musclées, au harcèlement, à des arrestations et à des enquêtes judiciaires malgré les propositions de réforme de la Loi relative aux rassemblements pacifiques. En Corée du Sud, cependant, les tribunaux ont assoupli les restrictions sur les rassemblements. Le contrôle des organisations civiques et politiques s’est par ailleurs intensifié. Le Sri Lanka a continué de rendre obligatoire l’enregistrement des ONG auprès du ministère de la Défense, renforçant ainsi la surveillance de la société civile. Au Bangladesh, la Ligue Awami a été interdite au titre de la législation antiterroriste, ce qui a gravement porté atteinte aux droits d’association et de participation politiques.
Les États doivent mettre un terme à la répression, libérer les personnes détenues pour leur participation à des rassemblements pacifiques, abroger ou modifier les dispositions juridiques restrictives ou répressives, et garantir des espaces sûrs et accessibles pour la tenue des manifestations conformément aux normes internationales.
La discrimination persistait sous de multiples formes – religieuse, ethnique, fondée sur les origines, liée à un handicap, contre des populations autochtones – et elle était souvent renforcée par des politiques publiques, des inégalités systémiques ou l’hostilité sociale.
La discrimination religieuse soutenue par l’État restait très répandue. En Afghanistan, les autorités talibanes s’en sont prises à des minorités chiites, contraignant des ismaéliens à se convertir à l’islam sunnite, restreignant les pratiques rituelles des chiites hazaras, et imposant des discriminations dans la distribution de l’aide humanitaire. Des familles hazaras ont également subi des expulsions forcées et une discrimination à l’embauche. Au Pakistan, la violence et les restrictions imposées aux ahmadis par des personnes privées et des institutions publiques se sont intensifiées, et il ne semblait pas que les responsables de l’attaque de 2023 menée contre des chrétien·ne·s allaient être amenés à rendre des comptes. En Inde, des lois discriminatoires réprimaient pénalement les mariages interconfessionnels, et des informations ont été recueillies sur des crimes de haine commis par des personnes privées et des autorités publiques contre des personnes musulmanes et cachemiriennes. En Indonésie, l’intolérance à l’égard des populations ahmadies et chrétiennes persistait : leurs pratiques cultuelles ont été soumises à des restrictions et des lieux de prière ont été attaqués. Le gouvernement chinois s’est immiscé dans les affaires bouddhistes tibétaines et a arrêté des dignitaires chrétiens. Aux Fidji, des temples hindous ont été vandalisés.
La discrimination ethnique perdurait dans plusieurs pays. Au Japon, le discours xénophobe a pris une large place dans les campagnes électorales et, en Corée du Sud, des rassemblements contre la population chinoise ont eu lieu. Dans l’État d’Arakan, dans le nord du Myanmar, l’Armée d’Arakan a soumis des Rohingyas déplacés à l’intérieur du pays à des travaux forcés et, selon certaines informations, maltraité les réfractaires.
La discrimination à l’égard des populations autochtones était rude et systémique. En Chine, les populations ouïghoures et tibétaines ont continué de faire l’objet d’une discrimination systématique, notamment par des restrictions touchant l’expression culturelle, linguistique et religieuse. En Australie, les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torrès ont été confrontés à une aggravation des inégalités. Leur taux d’incarcération était élevé et plusieurs sont morts en détention. En Inde, les mesures de protection de l’environnement ont été affaiblies, ce qui a accru les risques de déplacement pour les populations autochtones. En Indonésie, des projets gigantesques et l’exploitation minière du nickel ont dévasté des terres autochtones, ce qui a déclenché des mouvements de protestation qui se sont heurtés à la répression pénale. Le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale [ONU] a mis en garde le gouvernement japonais contre les effets de la construction d’une base militaire états-unienne dans la préfecture d’Okinawa, et des dirigeant·e·s autochtones ont protesté contre le financement par le Japon de projets néfastes situés à l’étranger. Le gouvernement malaisien a envisagé la possibilité de modifier la législation afin d’étendre les droits des Orangs Aslis, tandis que, au Népal, de violents affrontements ont eu lieu au sujet de terres ancestrales et du manque de transparence d’un projet d’aménagement. Les autorités du Bangladesh ont maintenu derrière les barreaux plus de 62 des 100 membres du peuple autochtone Bawm arrêtés en 2024, et des informations faisaient état de morts en détention. Le Parlement néo-zélandais a adopté des lois portant atteinte aux droits coutumiers des Maoris. À Taiwan, les peuples pingpus ont obtenu une protection de leurs droits culturels, mais cette protection était limitée et ils restaient préoccupés par le manque de reconnaissance juridique de leur statut d’autochtones. Une discrimination systémique perdurait par ailleurs dans le domaine de l’éducation. En Thaïlande, les autorités ont fait avancer des projets qui menaçaient les moyens de subsistance de populations autochtones, et une loi a été adoptée qui ne reconnaissait pas le statut de peuple autochtone.
Des populations marginalisées ont continué de subir les effets de la discrimination fondée sur l’ascendance. En Inde, un projet de recensement des castes a été bloqué, ce qui entravait la résolution des inégalités structurelles. Au Népal, les communautés dalits restaient en butte à une exclusion sociale profondément enracinée et à des obstacles les empêchant de recourir à la justice. Au Pakistan, la discrimination tenace fondée sur la caste et la religion a continué de cantonner les travailleuses et travailleurs du secteur de l’assainissement – qui pour la plupart étaient des chrétien·ne·s dalits – dans des emplois dangereux, précaires et sans protection juridique.
La discrimination fondée sur le handicap demeurait généralisée. En Corée du Nord, les personnes en situation de handicap faisaient face à une exclusion systémique dans les domaines de l’éducation, des soins de santé et de l’emploi, et des cas de placement forcé en institution ont été signalés. Taiwan ne disposant toujours pas d’une loi exhaustive contre la discrimination, les mesures de protection y étaient faibles et fragmentées. Au Japon, une loi prévoyant l’indemnisation des victimes de stérilisation forcée a marqué un progrès, mais des obstacles systémiques et une méconnaissance de ces questions ont continué d’entraver la justice.
Les États doivent protéger les terres des populations autochtones, s’abstenir de tenir des propos discriminatoires, lutter contre les préjugés, adopter et faire appliquer des lois efficaces contre la discrimination et garantir l’égalité d’accès à l’éducation et à l’emploi ainsi que l’obligation des systèmes judiciaires de rendre des comptes.
Les droits économiques, sociaux et culturels sont restés soumis à de fortes pressions en raison des crises économiques, des chocs climatiques et des politiques discriminatoires. Une insécurité alimentaire aiguë sévissait. En Afghanistan, 22,9 millions de personnes dépendaient de l’aide humanitaire dans un contexte marqué par le retour de personnes expulsées
(principalement depuis l’Iran et le Pakistan), les tremblements de terre et les coupes budgétaires ; 90 % des enfants étaient en situation de pauvreté alimentaire et quatre millions souffraient de malnutrition. En Corée du Nord, la population a été confrontée à des pénuries alimentaires chroniques malgré des conditions météorologiques favorables à la croissance des cultures, car le manque d’engrais et les chocs climatiques ont nui à la production agricole, et les défaillances du système public de distribution alimentaire ont aggravé les difficultés dans les zones rurales. Au Pakistan, 44,7 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté, les contraintes imposées par le FMI ont réduit les dépenses sociales, et les inondations, rendues plus probables par le changement climatique anthropique, ont détruit d’importantes récoltes. Au Sri Lanka, le taux de pauvreté est resté supérieur à celui d’avant la crise, malgré les prestations sociales.
Les systèmes de santé sont restés fragiles. En Afghanistan, l’accès aux soins de santé en milieu rural était limité et les restrictions imposées par les talibans ont retardé le sauvetage des femmes lors des tremblements de terre. En Corée du Nord, les hôpitaux manquaient cruellement de ressources, notamment de médicaments et d’équipements de base. L’UNICEF a mené des campagnes de vaccination auprès de deux millions d’enfants, mais le suivi restait très limité.
Les droits en matière d’éducation ont été sapés en Afghanistan à cause des interdictions imposées par les talibans, qui ont exclu 78 % des filles et des femmes afghanes des établissements d’enseignement et du monde du travail. Les écoles nord-coréennes manquaient de chauffage et de manuels scolaires ; au Myanmar, les élèves ont pâti de graves perturbations après le gel de programmes d’aide ; et au Tibet, la politique chinoise d’enseignement bilingue menaçait les droits linguistiques des minorités.
L’insécurité en matière de logement et de propriété foncière persistait. Au Cambodge, les autorités ont suspendu les expulsions forcées sur le site d’Angkor, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à la suite d’une vague d’indignation mondiale, mais elles n’ont pas apporté réparation aux familles déplacées. En Mongolie, les populations rurales et urbaines touchées par des projets d’aménagement du territoire ne disposaient d’aucun mécanisme pour remédier au manque de consultation et à la sous-évaluation de leurs biens. En Inde, les expulsions menées dans l’État de l’Assam ont déplacé environ 3 800 ménages, touchant de façon disproportionnée les personnes musulmanes.
Les atteintes aux droits du travail sont également restées courantes et impactaient de manière disproportionnée les populations en butte à la marginalisation et la discrimination. Au Pakistan, les employé·e·s du secteur de l’assainissement issus des castes inférieures se heurtaient à une discrimination systémique. Au Sri Lanka, les Tamoul·e·s des Hautes Terres demeuraient marginalisés et les ouvrières et ouvriers du secteur de l’habillement faisaient face à une répression syndicale et à des violences fondées sur le genre. Au Bangladesh, des troubles ont éclaté dans le secteur de l’habillement et des dirigeant·e·s syndicaux ont été arrêtés. Aux Philippines, des employé·e·s ont dû travailler dans des conditions dangereuses lors de catastrophes naturelles et, à Hong Kong, le personnel de maison étranger s’est vu refuser une meilleure protection de ses droits.
Les États doivent garantir les droits à l’alimentation, à la santé, au logement, à l’éducation et au travail en mettant fin aux expulsions forcées, en luttant contre la pauvreté, en améliorant la protection sociale, en protégeant les travailleuses et travailleurs, et en assurant à toutes et tous le même accès aux services essentiels, sans discrimination.
Les autorités ont continué de recourir à des lois relatives à la sécurité et à des pratiques discriminatoires pour réprimer la dissidence, s’en prenant de façon disproportionnée aux militant·e·s, aux minorités et à l’opposition politique. Les arrestations et détentions arbitraires étaient monnaie courante. En Afghanistan, les talibans ont arrêté des personnes pour des infractions mineures (telles qu’une coiffure non réglementaire ou le fait d’avoir joué de la musique), fait appliquer des décrets sévères par la « police des mœurs » et continué à s’en prendre à d’anciens fonctionnaires, des journalistes, des défenseur·e·s des droits humains et des voix critiques en recourant à la détention arbitraire, à la disparition forcée et à la torture. Plus de 100 exécutions extrajudiciaires ont été recensées. Au Myanmar, des arrestations ont été opérées de manière systématique à la suite du coup d’État, et des personnes sont mortes en détention après s’être vu refuser des soins médicaux et des suites de blessures subies lors de violents interrogatoires. En Corée du Nord, la détention arbitraire demeurait un outil essentiel de contrôle pour le régime, avec pour cibles les personnes accusées d’infractions politiques en dehors de tout procès équitable. À Hong Kong et à Macao, des lois relatives à la sécurité nationale ont été fréquemment utilisées pour réprimer l’expression d’opinions politiques et arrêter des militant·e·s.
Au Pakistan, des modifications apportées à la législation antiterroriste ont autorisé le maintien de personnes en détention sans inculpation pendant trois mois, et des journalistes et des militant·e·s baloutches ont été arrêtés. En Inde, la législation antiterroriste a continué d’être utilisée de façon abusive pour arrêter des défenseur·e·s des droits humains et des militant·e·s musulmans, dont certains ont été maintenus en détention provisoire prolongée.
Le recours à la torture et à d’autres mauvais traitements persistait malgré leur interdiction. En Afghanistan, des détenu·e·s ont été soumis à des décharges électriques, à des simulacres de noyade, à des arrachages de dents et d’ongles et à des violences sexuelles. Au Myanmar, les autorités ont soumis des personnes à des coups, des électrocutions, des agressions sexuelles et l’arrachage d’ongles pendant des interrogatoires. En Corée du Nord, les coups, la privation de sommeil et le travail forcé ont été utilisés pour extorquer des « aveux », et dans les camps pénitentiaires politiques la nourriture était insuffisante et les punitions très sévères. Au Viêt-Nam, des militant·e·s ont été soumis à la détention à l’isolement et au port d’entraves et privés de soins médicaux ; des décès en détention suspects ont été signalés. En Inde, un jeune homme de 25 ans est mort des suites de tortures infligées par la police dans l’État de Jammu-et-Cachemire. Au Sri Lanka, au moins 13 cas de mort en détention ont été recensés et des allégations ont fait état d’actes de torture. En Thaïlande, la justice a prononcé ses premières condamnations au titre de la Loi contre la torture dans l’affaire du meurtre d’un conscrit, ce qui a marqué une avancée peu commune en matière de reddition de comptes.
La disparition forcée était toujours utilisée comme moyen de répression. En Corée du Nord, des familles ont été privées d’informations au sujet de leurs proches incarcérés, ce qui représentait une situation de disparition forcée. En Chine, les autorités ont continué de recourir à la « résidence surveillée dans un lieu désigné » (une forme de détention secrète s’apparentant à la disparition forcée), en particulier contre des défenseur·e·s des droits humains et des avocat·e·s. Un tribunal malaisien a confirmé l’implication de l’État dans des disparitions survenues par le passé. Au Myanmar, de nombreux cas de disparition et de décès à la suite d’actes de torture ont été recensés. Au Pakistan, 125 nouveaux cas de disparition forcée ont été dénombrés début 2025. Au Bangladesh, la Commission d’enquête sur les disparitions forcées nommée par le gouvernement a indiqué que 1 772 plaintes avaient été enregistrées pour la période 2009-2024 ; 67 % de ces disparitions forcées étaient liées à des organes de l’État. Ces pratiques renforçaient l’impunité et la discrimination à l’égard des populations marginalisées.
Les États doivent mettre un terme aux arrestations arbitraires, à la torture et aux disparitions forcées, protéger les droits des personnes incarcérées, et veiller au respect de l’obligation de rendre des comptes et des garanties contre les atteintes aux droits humains.
Les États ont resserré leurs politiques migratoires, affaiblissant davantage encore la protection des réfugié·e·s et les droits des personnes migrantes, et exposant des groupes déjà marginalisés à la discrimination et aux atteintes aux droits humains. Des pays ont cette année encore procédé à des expulsions massives et des « refoulements » au mépris de leurs obligations internationales. Le Pakistan a intensifié son « Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière » et procédé au renvoi de plus de 900 000 Afghan·e·s. L’Iran a renvoyé 1,8 million de personnes originaires d’Afghanistan, et l’Allemagne, le Tadjikistan et la Turquie ont continué de renvoyer de force des Afghan·e·s dans leur pays malgré les violations des droits humains commises par les talibans. Les femmes et les filles étaient systématiquement privées de leurs droits à leur retour en Afghanistan, et les dissident·e·s risquaient d’être arrêtés et torturés. Tout au long de l’année, les Rohingyas réfugiés au Bangladesh ont craint d’être renvoyés de force au Myanmar par des activistes pour y combattre dans le conflit. En Inde, l’hostilité envers les personnes de confession musulmane s’est intensifiée lorsque les autorités ont expulsé des réfugié·e·s rohingyas vers le Bangladesh – ainsi que 300 musulman·e·s soupçonnés d’être de nationalité étrangère –, et de nouvelles lois ont reclassé les demandeurs et demandeuses d’asile comme migrant·e·s en situation irrégulière, érodant ainsi le principe de « non-refoulement ». Les autorités malaisiennes ont placé en détention des réfugié·e·s rohingyas et repoussé des bateaux transportant des Rohingyas. Parallèlement, le Japon a lancé son « plan zéro », qui visait à réduire de moitié le nombre de personnes étrangères séjournant au Japon au-delà de la durée autorisée à l’aide de procédures d’expulsion accélérées. Le pays s’est ainsi attiré des critiques pour avoir mis en danger des demandeurs et demandeuses d’asile. Le gouvernement thaïlandais a renvoyé de force 40 Ouïghours en Chine malgré les risques de torture.
Les placements en détention arbitraire ou illimitée ont aussi persisté dans la région. Les autorités malaisiennes ont enfermé plus de 20 000 personnes, dont plus de 2 000 enfants, dans des centres des services de l’immigration. L’État australien a maintenu sa pratique du traitement délocalisé des demandes d’asile : 90 personnes attendaient à Nauru que leur demande soit traitée et plus de 30 en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où elles se trouvaient depuis 11 ans. Parallèlement, de nouvelles lois ont privé les personnes demandeuses d’asile de droits procéduraux. Au Sri Lanka, 116 réfugié·e·s rohingyas, dont des enfants, étaient détenus dans un camp de l’armée, où le HCR n’a pas été autorisé à se rendre. Le Japon et Taiwan ont continué d’autoriser, dans le cadre de systèmes opaques, la détention de personnes pour une durée illimitée dans les centres des services de l’immigration, centres qui étaient critiqués pour les mauvaises conditions de détention qui y régnaient et le manque de garanties juridiques offertes aux personnes détenues. La situation au Bangladesh s’est extrêmement dégradée. Cox’s Bazar, le plus grand camp de réfugié·e·s au monde, qui accueillait plus d’un million de Rohingyas, a été confronté à de fortes réductions des aides et à l’arrivée de 150 000 nouveaux réfugié·e·s. La fourniture des services essentiels risquait de s’effondrer, car les promesses de dons étaient insuffisantes, malgré les appels urgents lancés par les Nations unies.
La traite des êtres humains et le travail forcé ont fortement augmenté dans toute la région. Au Cambodge, plus de 50 centres d’escroquerie exploitaient des personnes de nationalité étrangère assignées à des activités de fraude en ligne, et les mesures de répression contre ces agissements manquaient de transparence. Le Myanmar est resté un haut lieu de la traite : quelque 100 000 personnes étaient enfermées dans des centres d’escroquerie, et des groupes armés recouraient au travail et à l’enrôlement forcés. Ces atteintes aux droits humains persistaient malgré les sanctions prises contre certains des responsables de ces actes.
Les États doivent mettre fin à la pratique du « refoulement », à la détention arbitraire et à la traite, garantir des procédures d’asile sûres, libérer les personnes détenues illégalement et veiller à la protection et au respect de la dignité des réfugié·e·s et des migrant·e·s, conformément aux normes internationales.
Le changement climatique a aggravé les inégalités sociales. Au Bangladesh, des conditions météorologiques extrêmes ont exacerbé les discriminations fondées sur le genre et sur la caste, coinçant les employé·e·s du secteur de l’assainissement dans l’engrenage de la précarité. À Tuvalu et à Kiribati, l’élévation du niveau de la mer a continué de contraindre des personnes à quitter leur foyer, ce qui menaçait les droits au logement, à la santé et à l’identité culturelle. Au Pakistan, des inondations catastrophiques ont fait plus de 1 000 morts et ont déplacé des millions de personnes, et des vagues de chaleur avec des températures atteignant 49 °C ont mis en évidence des lacunes dans les mesures de réaction aux catastrophes. En Inde, en Indonésie, au Népal et au Sri Lanka, des populations ont également été confrontées à des inondations et des glissements de terrain meurtriers dus à des cyclones, qui ont touché de manière disproportionnée les localités rurales, où l’accès aux secours était limité. Ces événements ont soulevé des questions quant à la préparation des pays aux catastrophes liées au climat. Selon des données officielles, en octobre et en novembre, la capitale indienne, New Delhi, s’est placée au premier rang des villes les plus polluées au monde.
La mise en œuvre de projets de transition énergétique et de politiques d’expansion des combustibles fossiles a cette année encore entraîné des violations des droits des peuples autochtones. Les autorités indonésiennes ont arrêté 27 militant·e·s autochtones qui s’opposaient à l’exploitation minière du nickel dans le département d’Halmahera oriental en raison des dangers que ces activités représentaient pour les terres coutumières. Le gouvernement japonais a promu des projets de gaz naturel liquéfié à l’étranger, notamment dans le cadre d’accords avec les États-Unis et le Canada, qui ont suscité des critiques en raison des préjudices que ces projets pouvaient causer aux peuples autochtones gwich’in et wet’suwet’en. En Australie, le rejet d’une action en justice liée au climat intentée par des habitant·e·s des îles du détroit de Torrès a sapé les efforts visant à obtenir justice pour les populations confrontées à des situations menaçant leur existence même.
Les défaillances en matière de gouvernance ont perpétué les vulnérabilités. Les Maldives ont lancé un plan ambitieux concernant le climat, mais elles ont omis d’y inclure des garanties solides en matière de droits humains et ont bloqué des procédures judiciaires relatives au climat, portant ainsi atteinte aux droits culturels et aux moyens de subsistance des populations concernées. En Malaisie, le gouvernement a reporté la présentation d’un projet de loi sur le climat afin de consulter plus avant le secteur industriel. Le gouvernement sud-coréen a quant à lui maintenu des objectifs d’émissions insuffisants et n’a pas défini de politique de transition équitable. En Chine, des restrictions strictes ont été maintenues concernant la participation du public aux décisions relatives à l’environnement, limitant l’application de l’obligation de rendre des comptes.
Des politiques migratoires discriminatoires ont aggravé l’injustice climatique. Le gouvernement néo-zélandais n’a pas fourni de solutions adéquates aux populations du Pacifique déplacées en raison du changement climatique. Ces manquements ont renforcé les inégalités, laissé des familles séparées, violé les droits des enfants et accentué la vulnérabilité des personnes migrantes.
Les États doivent veiller au respect de la justice climatique, mettre fin à l’expansion des combustibles fossiles, protéger les populations autochtones et marginalisées, garantir des politiques climatiques fondées sur les droits et veiller à la mise en place de voies de migration sûres pour les personnes déplacées en raison de phénomènes climatiques.
La peine capitale demeurait bien établie dans la majorité des pays de la région et elle était fréquemment utilisée en violation du droit international relatif aux droits humains et des normes connexes.
Deux pays ont repris les exécutions après une interruption de plusieurs années. Au Japon, l’exécution par pendaison de Takahiro Shiraishi – alors que cela faisait trois ans que le pays n’avait pas appliqué la peine de mort – a été condamnée en raison du secret entourant ce châtiment et a sapé les initiatives visant à son abolition. À Taiwan, Huang Lin-kai a été exécuté en janvier alors que des recours étaient en instance et que son état de santé mentale suscitait des inquiétudes. Il s’agissait de la première exécution réalisée dans le pays depuis 2020.
En Afghanistan, les talibans ont procédé à des exécutions en public. Selon certaines informations, le gouvernement nord-coréen a continué d’appliquer la peine de mort pour des infractions qui n’étaient pas reconnues par le droit international, comme le partage de contenus de médias étrangers, et qui n’entraient absolument pas dans la catégorie des
« crimes les plus graves » établie par le droit et les normes internationaux, et les exécutions en public étaient utilisées comme un instrument de contrôle.
Les autorités chinoises ont continué de recourir à la peine de mort contre des personnes accusées de corruption, de fraude et de traite. Au moins un cas de condamnation collective a suscité des inquiétudes en ce qu’il violait le droit à un procès équitable. Plusieurs condamnations à la peine capitale ont été prononcées au Bangladesh, dont celle de l’ancienne Première ministre, Sheikh Hasina, et d’autres responsables gouvernementaux, condamnés en leur absence à la pendaison par un tribunal spécial, en lien avec la répression des manifestations de 2024. Le gouvernement des Maldives a élargi le champ d’application de la peine de mort pour y inclure les infractions liées aux stupéfiants. Il a supprimé la possibilité de commuer ce châtiment par une mesure de grâce et interdit la négociation d’une transaction pénale dans ce genre d’affaires.
Les exécutions de personnes condamnées pour des faits liés aux stupéfiants se sont poursuivies sans relâche à Singapour, où, entre autres, le ressortissant malaisien Pannir Selvam a été exécuté malgré les protestations internationales. Des avancées encourageantes ont eu lieu au Viêt-Nam, où la peine de mort a été abolie pour huit infractions, dont le transport de stupéfiants. Le non-respect des règles de procédure dans des procès où l’accusé·e encourait la peine capitale et le secret entourant le recours à ce châtiment ont cependant continué de susciter des inquiétudes. En Malaisie, le gouvernement a annoncé une étude sur la peine capitale et son abolition, à la suite de l’abrogation en 2023 de la peine de mort obligatoire.
De manière générale, la situation dans la région tendait à montrer une dichotomie avec, dans certains pays, un processus de réformes graduelles et, dans d’autres, des pratiques bien ancrées caractérisées par le secret, la discrimination et l’instrumentalisation politique.
Les États où la peine de mort est toujours en vigueur doivent prendre de toute urgence les mesures nécessaires pour l’abolir et, en attendant, instaurer un moratoire officiel sur les exécutions.
Les faiblesses systémiques des institutions juridiques et de contrôle ont continué d’entraver l’accès des victimes de violations graves des droits humains à la justice. En Afghanistan, les talibans ont démantelé les structures judiciaires et fait appliquer la charia (droit musulman) et ses dispositions discriminatoires, ce qui rendait pratiquement impossible tout procès équitable.
Les organes de contrôle tels que l’institution nationale des droits humains n’ont pas été réactivés. Au Népal, les nominations aux commissions de justice transitionnelle ont été critiquées en raison de leur opacité et des ingérences politiques, ce qui a incité des groupes de victimes à boycotter ces institutions. Des obstacles persistaient au Sri Lanka : l’indépendance du procureur général semblait laisser à désirer et les procédures d’exhumation de fosses communes se sont avérées défaillantes, ces fosses n’ayant pas fait l’objet d’enquêtes suffisantes malgré de récentes découvertes. Au Bangladesh, le parquet a obtenu les premières inculpations de militaires dans des affaires de disparition forcée, mais des inquiétudes persistaient quant au respect de la procédure, notamment dans le procès engagé contre Sheikh Hasina, qui a abouti à une condamnation à mort.
Des avancées ont dans certains cas été observées concernant les initiatives internationales visant au respect de l’obligation de rendre des comptes. La CPI a décerné des mandats d’arrêt contre des dirigeants talibans pour des faits de persécution fondée sur le genre, et l’ONU a créé un mécanisme d’enquête pour l’Afghanistan. Rodrigo Duterte, ancien président des Philippines, a été arrêté et transféré à la CPI pour le crime contre l’humanité de meurtre, ce qui a marqué une étape historique.
La recherche de la vérité et les réparations restaient insuffisantes. Le Sri Lanka a annoncé la création d’une commission vérité et réconciliation et a élargi le champ d’action du Bureau des personnes disparues, mais les progrès étaient lents. Parallèlement, les homicides liés aux stupéfiants et le harcèlement des militant·e·s aux Philippines, ainsi que la surveillance des communautés tamoules au Sri Lanka, ont mis en évidence la persistance de l’impunité.
Les États doivent redoubler d’efforts pour combattre l’impunité en diligentant rapidement des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces sur les crimes de droit international et les autres graves atteintes aux droits humains, en traduisant en justice les responsables présumés dans le cadre de procès équitables et en veillant à ce que les victimes aient accès à des recours effectifs.
Les droits sexuels et liés au genre ont subi des revers systémiques dans toute la région. En Afghanistan, les talibans ont pris des décrets interdisant aux femmes l’accès à l’éducation et à l’emploi et les empêchant de circuler librement ; ils ont fait appliquer la règle du mahram
(chaperon masculin) et ont favorisé les violences fondées sur le genre et les mariages précoces. Au Bangladesh, des manifestations de grande ampleur ont eu lieu contre les réformes visant à instaurer l’égalité en matière d’héritage et à criminaliser le viol conjugal. Aux Fidji, au Népal et au Pakistan, une recrudescence de la violence à l’égard des femmes a été signalée, et au Népal et au Pakistan, des victimes de violences ont été contraintes d’accepter un règlement à l’amiable. Des pratiques néfastes persistaient au Népal, telles que le chhaupadi, qui consistait à isoler les femmes et des filles dans des huttes au moment de leurs règles, dans des conditions souvent dangereuses. Les violences liées au genre facilitées par la technologie, telles que le harcèlement en ligne, le partage non consenti d’images intimes et les contenus sexuels hypertruqués (deepfakes), ont persisté en Corée du Sud, en dépit de modifications de la législation. Les progrès institutionnels ont été inégaux : si le gouvernement sri-lankais a annoncé la mise en place de la première Commission nationale des femmes, la réforme de la loi sur l’avortement était au point mort en Corée du Sud.
Les droits des personnes LGBTQIA+ se sont heurtés à une certaine hostilité : au Japon, les tribunaux ont fait progresser de façon inégale l’égalité en matière de mariage ; au Pakistan, des meurtres de personnes transgenres ont été enregistrés ; les pressions exercées par les pouvoirs publics ont entraîné l’annulation de la marche des fiertés au Viêt-Nam ; la Chine continentale a renforcé la censure des contenus liés aux personnes LGBTQIA+; et l’Assemblée législative de Hong Kong a rejeté des dispositions sur le partenariat qui auraient apporté une certaine reconnaissance juridique et une protection aux couples de personnes de même sexe.
Les États doivent mettre fin à la discrimination fondée sur le genre, l’orientation sexuelle et l’identité et l’expression de genre, mettre en place des protections efficaces et garantir une réelle égalité en droit, dans les politiques mises en œuvre et dans la vie quotidienne.
Des populations civiles ont été exposées à de graves dangers dus à des attaques illégales. En Afghanistan, des attentats-suicides, des engins explosifs utilisés par des groupes armés et des tirs d’artillerie lancés par le Pakistan ont tué et blessé des civil·e·s. Au Myanmar, les frappes aériennes se sont multipliées, visant des écoles et des villages ; des attaques au moyen de
« paramoteurs » ont tué des dizaines de personnes, dont des enfants ; et l’aide humanitaire destinée à des zones contrôlées par la résistance a été bloquée. Dans le conflit entre le Cambodge et la Thaïlande, des affrontements à la frontière ont endommagé des hôpitaux, des logements et des pagodes, et des attaques menées sans discernement ont été signalées des deux côtés. Les déplacements de population et les crises humanitaires se sont aggravés, la mésinformation alimentant les tensions ; des violations de cessez-le-feu ont encore eu lieu cette année.
Les États doivent mettre un terme aux attaques illégales, protéger les populations civiles, permettre la livraison de l’aide humanitaire et faire respecter le droit international humanitaire.