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Rapport annuel 2025/26

Résumé régional Asie-Pacifique

Dans toute la région, l’année a été marquée par la répression, les inégalités et l’impunité, alimentées par des pratiques autoritaires, une discrimination systémique et un non-respect endémique de l’obligation de rendre des comptes.

Les autorités ont imposé de plus en plus de restrictions excessives des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, resserrant leur contrôle au moyen de la législation, du maintien de l’ordre et de la surveillance numérique. Ces mesures se renforçaient mutuellement, amenuisant l’espace civique et érodant les libertés fondamentales. Les États ont normalisé la répression de la dissidence, ce qui s’est traduit par le recours à une force meurtrière au Népal et en Indonésie, l’application abusive de lois antiterroristes en Inde, une vague de détentions arbitraires à l’approche du scrutin du mois de décembre imposé par l’armée au Myanmar, et l’arrestation de militant·e·s à Hong Kong.

À l’échelle internationale, des victoires ont été remportées dans la lutte pour la reddition de comptes, avec notamment l’arrestation et le transfert à la CPI de Rodrigo Duterte, ancien président des Philippines, et les mandats d’arrêt décernés par la CPI contre deux dirigeants talibans pour le crime contre l’humanité de persécution liée au genre. En dehors de ces deux cas, l’impunité demeurait solidement ancrée. Ainsi, aucune avancée n’a eu lieu depuis le dépôt de requêtes aux fins de délivrance de mandats d’arrêt de la CPI contre des responsables de crimes de droit international commis contre les Rohingyas, et les autorités chinoises n’ont pris aucune mesure significative pour remédier aux crimes contre l’humanité perpétrés dans le Xinjiang. L’Afghanistan a poursuivi le démantèlement des mécanismes nationaux d’obligation de rendre des comptes, et, au Sri Lanka, ces mécanismes restaient largement inefficaces pour répondre aux atteintes aux droits humains commises pendant la guerre.

Les États ont intensifié la répression transfrontalière. La Thaïlande a expulsé des Ouïghour·e·s vers la Chine et extradé des défenseur·e·s montagnards vers le Viêt-Nam malgré les risques de violations des droits humains qu’ils y encouraient. La Malaisie a collaboré avec les autorités thaïlandaises pour cibler un journaliste et, en parallèle, Hong Kong et la Chine ont utilisé des lois pour pourchasser des militant·e·s à l’étranger, harcelant leurs familles et leurs ami·e·s restés à Hong Kong.

La discrimination aggravait les préjudices subis par les populations marginalisées et vulnérables. Les Rohingyas étaient en butte au travail forcé au Myanmar et ont été touchés de façon disproportionnée par les coupes dans l’aide humanitaire destinée aux camps de personnes réfugiées au Bangladesh. Les minorités religieuses ont été systématiquement prises pour cible en Afghanistan, en Chine continentale et au Pakistan, et les populations autochtones en Australie et en Indonésie ont continué d’être dépossédées de leurs terres. Dans toute l’Asie du Sud, les dalits (opprimé·e·s) étaient relégués à des emplois dangereux.

La violence liée au genre a persisté partout dans la région, et des atteintes aux droits humains facilitées par la technologie ont fait les gros titres de la presse en Corée du Sud, en Thaïlande et au Viêt-Nam.

La traite des êtres humains et le travail forcé ont prospéré en Asie du Sud-Est, notamment dans les centres d’escroquerie du Cambodge et du Myanmar, où des personnes étaient réduites en esclavage et torturées.

La crise climatique, la vulnérabilité face à d’autres catastrophes et la fragilité économique ont accentué la privation de droits. En Afghanistan, des millions de personnes étaient tributaires de l’aide humanitaire en raison notamment des séismes et des expulsions opérées depuis l’Iran et le Pakistan, tandis que des inondations en Indonésie, au Pakistan, aux Philippines, au Sri Lanka et au Viêt-Nam ont causé des décès et des déplacements massifs, détruit des récoltes et aggravé la pauvreté. Le changement climatique et les catastrophes qui ont frappé le Bangladesh, Kiribati, le Pakistan et Tuvalu ont entraîné cette année encore des déplacements de populations et accentué de ce fait les inégalités structurelles. Les pénuries chroniques de produits de première nécessité en Corée du Nord et les coupes opérées dans les prestations sociales au Sri Lanka, en application de la politique d’austérité du gouvernement, ont souligné combien les grandes orientations économiques aggravaient la précarité.

Principales violations recensées en 2025