En bref
Les Yéniches, les Sintés et les Roms sont reconnus comme minorités nationales en Suisse depuis 2016, mais ils ont des origines et des cultures différentes.
Qui sont les Sintés, les Roms et les Yéniches ?
Rom est un terme générique désignant divers groupes qui sont arrivés du sous-continent indien en Europe au 10ème siècle. Aujourd'hui, 10 à 12 millions de Roms vivent en Europe, avec leur culture et leurs traditions. Le terme Rom est dérivé du nom de leur langue, le romani. Pendant des siècles, cette population a été marginalisée dans toute l'Europe. Elle a été réduite en esclavage dans certaines régions de l'actuelle Roumanie jusqu'à la fin du 19ème siècle. En Suisse, les Roms vivant sur le territoire n'avaient pas le droit de s'installer officiellement jusqu’en 1972. Cette population n'a cessé d'être chassée d’un endroit à l’autre. Le terme « gens du voyage » est donc issu d'un stéréotype induit par cette persécution. Aujourd'hui, seule une minorité de Roms adoptent encore un style de vie nomade.
Sinté est un terme principalement utilisé en Allemagne. Il désigne les Roms arrivés dans les régions germanophone dès le 15e siècle. En Allemagne, les Sintés et les Roms sont des minorités reconnues.
Les Yéniches sont une minorité culturelle issue vraisemblablement d'une classe sociale anciennement marginalisée. À l'instar des Roms, les Yénniches ont été contraint·e·x·s de mener une vie en partie nomade en raison de leur exclusion économique, juridique et sociale. Entre 1926 et 1973, des centaines d'enfants yéniches ont été arraché·e·x·s à leur famille en Suisse et placé·e·x·s dans des foyers pour y être « rééduqué·e·x·s ». La mémoir de ce passé n'a pas encore été entièrement traité de manière adéquate. En 2014, environ 30’000 à 35’000 Yéniches vivaient en Suisse.
Les agressions contre les Roms sont à nouveau en hausse en Europe, raison pour laquelle la Cour européenne des droits de l'homme et d'autres organismes internationaux de défense des droits de l'homme appellent à une protection active de ces minorités. En Suisse aussi, la protection des Yéniches, des Sintis/Manouches et des Roms n'est pas suffisamment développée. Dans certains domaines de la vie, ils continuent souvent d'être défavorisés et souffrent de préjugés.
Persécutions et génocide
Sous le national-socialisme, les Sintés et les Roms d'Allemagne ont été successivement harcelé·e·x·s , marginalisé·e·x·s , privé·e·x·s de leurs droits et persécuté·e·x·s. Toutes les mesures prises à l’encontre des Juif·ve·x·s ont également été appliquées aux Sintés et aux Roms. À partir de 1939, les Sintés et les Roms n'ont plus été autorisé·e·x·s à quitter leur lieu de résidence en Allemagne,ont également été interné·e·x·s dans des camps et déporté·e·x·s . On estime que sur les quelque 40’000 Sintés et Roms allemand·e·x·s et autrichienn·e·x·s recensé·e·x·s , plus de 25’000 ont été tué·e·x·s par les nazis. Au total, on estime que jusqu'à 500’000 Sintés et Roms ont été persécuté·e·x·s et assassiné·e·x·s sous le régime nazi. Depuis 2015, le 2 août est officiellement reconnu comme la Journée européenne de commémoration de l'Holocauste des Sintés et des Roms.
Reconnu en Suisse, mais...
En 2016, les Sintés et les Yéniches ont été reconnu·e·x·s comme des minorités nationales. Bien que cette reconnaissance soit avant tout symbolique, elle confère davantage de visibilité à ces deux minorités. Néanmoins, il reste beaucoup à faire en matière de sensibilisation. Les crimes commis par la fondation Pro Juventute, qui a retiré les enfants yéniches à leurs familles, sont rarement abordés à l'école et dans l'espace public. La persécution et le meurtre des Sintés, des Roms et des Yéniches pendant l'Holocauste sont également peu abordés à l'école.
Plusieurs organisations réclament la reconnaissance d'un génocide culturel et politique en raison des crimes commis par Pro Juventute à l’encontre les Yéniches. Cependant, un avis juridique commandé par le Conseil fédéral en février 2025 conclut qu'il n’est pas possible de parler d’un génocide (culturel) d'un point de vue juridique, car le concept de « génocide culturel » n'existe pas en droit international. Il ne peut pas non plus être question de génocide, car l'« intention génocidaire » nécessaire à cet effet n'était pas présente. Toutefois, l'avis juridique précise que le retrait d'enfants et la destruction intentionnelle des liens familiaux dans le but d'éliminer un mode de vie nomade doivent être qualifiés, en vertu des normes internationales actuellement en vigueur, de « crimes contre l'humanité » au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). À cet égard, le Conseil fédéral présente ses excuses à la communauté des Sintés et des Yéniches en Suisse.