Dans un nouveau rapport intitulé Une double dose d’inégalité. Les laboratoires pharmaceutiques et la crise des vaccins contre le COVID-19, l’organisation a évalué six des sociétés qui tiennent le sort de milliards de personnes entre leurs mains : AstraZeneca plc, BioNTech SE, Johnson & Johnson, Moderna Inc., Novavax Inc. et Pfizer Inc. Elle dresse le tableau affligeant d’un secteur qui manque cruellement à son obligation de respecter les droits humains.
«Le seul moyen de sortir de cette crise est de vacciner toute la population de la planète.» Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International
«Le seul moyen de sortir de cette crise est de vacciner toute la population de la planète. Nous devrions être en train de saluer comme des héros ces laboratoires qui ont mis au point des vaccins si rapidement. Or, le blocage intentionnel des transferts de technologie par Big Pharma et ses manœuvres commerciales à l’avantage des pays riches ont créé une pénurie de vaccins dévastatrice», a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
«Certaines régions d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie doivent faire face à de nouvelles flambées du virus, qui acculent au bord du gouffre des systèmes de santé affaiblis et provoquent chaque semaine des dizaines de milliers de morts qui auraient pu être évitées. Dans beaucoup de pays à faible revenu, même les soignant·e·s et les personnes à risque ne sont pas vacciné·e·s. Sur fond de telles inégalités, les entreprises BioNTech, Moderna et Pfizer s’apprêtent à engranger à elles trois 130 milliards de recettes d’ici à la fin 2022. Or, le profit ne devrait jamais passer avant les vies humaines.»
«Le profit ne devrait jamais passer avant les vies humaines.»
Pour évaluer la réponse apportée à la crise par les laboratoires en question, Amnesty International a évalué les politiques relatives aux droits humains publiées par chacune de ces entreprises, ainsi que leur structure tarifaire, leurs archives relatives à la propriété intellectuelle et au partage de savoir-faire et de technologie, l’équité de leur distribution des doses de vaccin disponibles et la transparence de leurs opérations. Elle en est arrivée à la conclusion que les six laboratoires qui ont élaboré des vaccins avaient, à des degrés variables, manqué à leurs responsabilités en matière de droits humains.
Sur les 5,76 milliards de doses injectées dans le monde, une part dérisoire – 0,3 % – est allée à des pays à faible revenu, tandis que les pays à revenu intermédiaire supérieur ou à revenu élevé en ont reçu 79 %. Malgré les appels leur demandant d’établir des priorités et de collaborer avec le dispositif COVAX – l’outil international conçu pour assurer une répartition équitable des vaccins –, certaines des entreprises évaluées ont continué d’alimenter les stocks de pays connus pour accumuler les doses en grandes quantités.
Jusqu’à présent, toutes les sociétés évaluées ont refusé de participer aux initiatives coordonnées au niveau international pour accroître l’approvisionnement mondial en vaccin grâce à un partage de savoir-faire et de technologie. Elles ont également opposé leur refus à la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle, notamment à la proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud de déroger à l’Accord sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Voici quelques-unes des autres conclusions d’Amnesty International :
En dépit des milliards de dollars de financement public et de précommandes gouvernementales qu’ils ont reçus, les laboratoires qui ont conçu les vaccins ont conservé leur monopole sur la propriété intellectuelle, bloqué les transferts de technologie et exercé de très fortes pressions pour entraver les mesures visant à étendre la fabrication de ces vaccins à l’échelle mondiale. Par leurs manquements persistants, ils ont causé des atteintes aux droits humains, subies par les milliards de personnes qui n’ont toujours pas accès au vaccin vital contre le COVID-19.
«Il reste tout juste 100 jours avant la fin de l’année. Nous appelons les États et les compagnies pharmaceutiques à changer radicalement de politique et à faire tout le nécessaire pour livrer à partir de maintenant deux milliards de doses de vaccin aux pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur», a déclaré Agnès Callamard.
«Nous appelons les États et les compagnies pharmaceutiques à changer radicalement de politique et à faire tout le nécessaire pour livrer à partir de maintenant deux milliards de doses de vaccin aux pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur»
Parallèlement à la publication de son rapport, Amnesty International lance une campagne mondiale – soutenue par l’Organisation mondiale de la santé et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme – afin de demander des comptes aux États et à Big Pharma. La pétition Cent jours pour rattraper le retard exige que soit atteint l’objectif fixé par l’OMS de 40 % de la population vaccinée dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur d’ici à la fin de l’année 2021. Nous demandons aux États de redistribuer de toute urgence les centaines de millions de doses actuellement inutilisées et aux laboratoire qui ont élaboré les vaccins de veiller à ce qu’au moins 50 % des doses produites aillent à ces pays. Si les États et les compagnies pharmaceutiques continuent sur la même voie, nous ne verrons jamais la fin de la pandémie de COVID-19.
Alors que le président américain Joe Biden s’apprête, dans un sommet tenu le 22 septembre 2021, à annoncer de nouveaux engagements pour combattre la pandémie de COVID-19, notamment la vaccination complète de 70 % de la population mondiale d’ici au mois de septembre 2022, Agnès Callamard souligne : «Les vaccins contre le COVID-19 doivent être rapidement disponibles et accessibles pour tous et toutes. Il faut que les dirigeant·e·s, comme Joe Biden, mettent sur la table des milliards de doses et répondent aux attentes, sinon ces engagements ne seront qu’une coquille vide.»
Communiqué de presse publié le 22 septembre 2021, Londres/Berne. Contact du service de presse