« La 70e session de la Commission de la condition de la femme survient à un moment marqué par l’urgence, à l’heure où la justice de genre est attaquée dans une grande partie du monde et de nombreuses femmes défenseures des droits humains et organisations féministes ne sont pas autorisées à se rendre sur le territoire étasunien », a déclaré Agnès Callamard lors de la CSW70, qui se tient du 9 au 19 mars 2026 à New York.
Elle met également en garde contre les mouvements anti-droits des femmes, largement connectés et bien financés, qui seraient directement soutenus ou encouragés par des gouvernements tels que ceux des États-Unis, de la Russie et d'autres pays: « Des États puissants instrumentalisent le genre afin de justifier la répression et l’adoption de lois punitives. Des acteurs privés, notamment des entreprises, sèment la panique morale en répandant des discours haineux et de la désinformation. Ensemble, ces forces ont pour but de contrôler le droit des femmes de disposer de leur corps, imposant une privation violente de ces droits, instillant la peur et contribuant à la réduction de l’espace civique. »
Un nouveau rapport d’Amnesty montre des mouvements de résistance mondiaux
Dans une nouvelle synthèse rendue publique lundi 9 mars, Amnesty International souligne qu’en cette période, l’une des plus éprouvantes de l’histoire récente pour les droits des femmes, on observe une montée en puissance de la résistance mondiale face aux attaques gouvernementales contre les droits liés au genre et face à la répression de l’opposition.
En Afghanistan, des journalistes telles que Zahra Joya continuent à résister aux restrictions de très grande ampleur imposées par les talibans et donnent la parole aux femmes qui ont été exclues de la vie publique. Au Burkina Faso, des années d'efforts de la société civile ont abouti à l’adoption de réformes attendues de longue date fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans et établissant le consentement entre les deux parties comme la base de tout mariage. En Chine, des militantes féministes résistent face à la criminalisation et à la surveillance même lorsque les autorités décrivent leur mouvement comme une menace politique et les soumettent à la censure et la répression.
À Gaza, le travail mené par les organisations de défense des droits humains a poussé la Commission d’enquête de l’ONU à conclure qu’Israël recourait de façon systématique à la violence sexuelle, reproductive et fondée sur le genre à l’encontre de la population palestinienne, et commettait des « actes génocidaires ».
En Hongrie, près de 300 000 personnes ont bravé l’interdiction prononcée par les autorités contre la Budapest Pride et ont défendu le droit des personnes LGBTQIA+ à se réunir pacifiquement. Au Malawi, un jugement historique a confirmé le droit d'une jeune fille de 14 ans, victime d'un viol, à bénéficier d'un avortement en sécurité. En Amérique latine, des militant·e·x·s de toute la région repoussent les tentatives politiques visant à restreindre les droits sexuels et reproductifs durement acquis.
Malgré la répression étatique, ces mouvements se forment courageusement dans le monde entier. En effet, comme l’insiste Agnès Callamard: « Même lorsque les États manquent à leur devoir dans ce domaine, le pouvoir collectif de communautés peut malgré tout défendre, faire respecter et faire avancer la justice de genre. Loin d’accepter la défaite, ou de reculer face à ces menaces, les femmes, les filles, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes, et tous ceux et celles qui les soutiennent gardent la tête haute et redoublent d’efforts afin de révéler des violations des droits humains, de les condamner et d’y résister.»