Depuis sa création, Amnesty International s’est engagée contre les violations des droits humains légitimées par la culture, la religion ou les traditions. En atteste son engagement contre les mutilations génitales féminines ou contre les châtiments corporels, comme la lapidation ou l’amputation. Mais l’organisation s’engage aussi en faveur de la liberté individuelle, de religion et d’expression, et de l’interdiction de la discrimination. Or interdire la burqa constitue une entorse à ces droits. Le droit de la femme à la liberté individuelle ne prime pas sur celui à ne pas être opprimée, mais ce sont des droits également valables, qui doivent donc être défendus au même titre.
Aucune femme ne devrait être forcée à porter un voile ou tout autre vêtement par un Etat ou un individu au nom d’une religion ou d’une culture. C’est une atteinte à la liberté individuelle. Mais lorsqu’un Etat interdit le port d’un vêtement, cela constitue aussi une atteinte à cette liberté.
Le voile intégral est considéré par nombre de femmes qui le portent comme un symbole religieux et parfois culturel qui reflète leur identité personnelle. En interdire le port revient à entraver la liberté de ces femmes d’exprimer cette identité. La proposition d’interdire un vêtement spécifique porté par les membres d’une communauté religieuse spécifique constitue par ailleurs clairement une discrimination. Seules des questions de sécurité ou de santé – par exemple l’interdiction de porter un voile intégral lorsqu’une personne risque de se blesser ou de blesser d’autres personnes sur son lieu de travail – constituent des motifs légitimes et non discriminatoires d’interdiction du port d’un vêtement.
Vouloir s’engager pour l’émancipation des femmes qui portent la burqa en leur interdisant de porter ce vêtement, c’est faire fausse route. Pour cela, il faut des mesures d’intégration – cours de langue, d’éducation civique ou cercles de rencontres –, des organes spécialisés dans le traitement des affaires conjugales et des mesures qui encouragent l’égalité entre les femmes et les hommes. L’interdiction de la burqa ne fait pas partie de ces mesures.
En se saisissant du thème de la burqa, certains courants politiques flattent les sentiments xénophobes d’une partie de leur électorat pour gagner en popularité. La burqa est facilement amalgamée à l’islam dans son ensemble – alors qu’elle n’en représente qu’une facette – et aux musulmanes en général alors qu’une minorité d’entre elles la portent. Ces milieux contribuent ainsi à stigmatiser l’ensemble des musulman·e·s et alimentent un discours islamophobe. S’engager dans le débat sur la burqa permet de déconstruire et dénoncer un tel discours.