« Face aux tendances autoritaires qui se manifestent partout dans le monde, il faut du courage et la volonté de résister », déclarait Alexandra Karle, directrice d’Amnesty Suisse, dans son discours d’ouverture de l'Assemblée générale 2026. « Nous prônons la solidarité plutôt que la division. L’engagement sans faille des militant·e·x·s d’Amnesty à travers le monde et en Suisse me donne l’espoir et la confiance que nous y parviendrons.»
Les menaces sur les défenseur·e·x·s des droits humains, les journalistes et les universitaires ainsi que l'oppression envers les communautés minorisées sont le reflet de la répression croissante à l’encontre de la société civile qui sévit dans de nombreux pays du monde – et à laquelle Amnesty International doit réagir avec fermeté.
« Amnesty International est plus nécessaire que jamais. Il en va tout simplement de l’humanité, pour laquelle nous nous engageons et que nous devons défendre avec cœur et courage », a déclaré pour sa part Maria Mbiti, coprésidente sortante du comité directeur d’Amnesty Suisse.
Résolument contre l'initiative de l'UDC
Dans deux résolutions, les membres de l’Assemblée générale ont appelé la Suisse à lutter elle aussi contre la menace que représentent les forces autoritaires et la polarisation croissante. Dans la première résolution, iels demandent au Conseil fédéral et au Parlement de défendre les droits humains, le multilatéralisme et le droit international, et de ne pas accepter tacitement les dérives autoritaires ni de les favoriser par une politique d’exportation et de commerce contraire aux droits humains.
Dans une deuxième résolution, l’Assemblée générale a appelé à voter « non » à l’Initiative «Pas de Suisse à 10 millions», qui sera soumise au vote le 14 juin. Les membres d’Amnesty Suisse ont estimé que cette initiative misait sur une politique de repli sur soi, mettait en péril les accords contraignants en matière de droits humains et touchait particulièrement les groupes vulnérables.
Nos arguments contre l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions»
Comment réagir face à la montée de l'autoritarisme ?
Dávid Vig, directeur d'Amnesty International Hongrie, Rachel Ward, responsable de la recherche chez Amnesty USA, Katrin Meyer, professeure de philosophie et chercheuse en études de genre, ainsi que Samson Yemane, vice-président de la Commission fédérale contre le racisme et président de l’Union des médias érythréens en Suisse, ont débattu lors d'une table ronde de la manière dont nous pouvons nous défendre efficacement contre les tendances autoritaires.
« La résistance sous forme de manifestations publiques est l’une des réactions les plus efficaces face aux abus de pouvoir autoritaires du gouvernement », a déclaré Rachel Ward. « Nous devons nous rappeler que nous avons le pouvoir de résister. L’expérience de nombreux pays montre que les dérives autoritaires peuvent être inversées. »
Elle a également fait état d’une menace constante et réelle pesant sur Amnesty et d’autres ONG aux États-Unis, en particulier dans le cadre de leur travail auprès des réfugiés et des migrant·e·s – notamment par le biais de poursuites judiciaires, de la surveillance ou de restrictions financières.
« Lorsque les médias, les universitaires ou les ONG sont pris pour cibles, c’est le signe avant-coureur d’une tendance autoritaire plus large », a déclaré Dávid Vig. La construction d’un ennemi présumé – qu’il s’agisse de migrants, de personnes LGBTQIA+ ou d’autres minorités – ainsi que la propagation de la peur au sein de la société font également partie du manuel du pouvoir autocratique.
Et en Suisse ? La Suisse n’est pas à l’abri des tendances autoritaires, mais elle est même, à certains égards, particulièrement vulnérable, a déclaré Katrin Meyer. Cela tient à la conception d’un « peuple » souverain, qui n’a de comptes à rendre à personne et peut même voter sur les droits fondamentaux des minorités. De ce fait, le climat social peut très rapidement changer.
Le courage de résister
« Nous devons réfléchir à la manière de sortir d’une position défensive où les droits humains sont relégués au rang de cause minoritaire. Nous devons trouver un moyen de traduire le discours sur les droits humains en valeurs et en arguments qui touchent le cœur de la majorité silencieuse de la population », a déclaré Dávid Vig.
Le fait que des centaines de milliers de personnes en Hongrie aient bravé les intimidations et les menaces et soient descendues dans la rue lors de la Pride 2025, malgré l’interdiction des droits LGBTQIA+, a joué un rôle décisif dans le récent changement de pouvoir en Hongrie. Samson Yemane a ajouté : « Nous devons faire appel à la compassion et à la solidarité des gens pour ensuite faire appel à leur raison. »
Le sujet a été approfondi lors de trois ateliers. Les expériences des militant·e·s de différents groupes d’Amnesty ont alimenté la discussion et ont fourni des contributions précieuses pour l’élaboration de la nouvelle campagne phare d’Amnesty contre l’autoritarisme en Suisse.