Ce rapport, intitulé «Tackling the global refugee crisis: From shirking to sharing responsibility», décrit la situation précaire dans laquelle se trouvent une grande partie des 21 millions de réfugiés à travers le monde. Tandis que beaucoup en Grèce, en Irak, sur l'île de Nauru ou aux frontières syriennes et jordaniennes attendent désespérément un toit, d'autres au Kenya ou au Pakistan sont de plus en plus harcelés par les autorités.
Ce rapport propose une solution concrète et équitable à cette crise, fondée sur un système utilisant des critères pertinents et objectifs pour déterminer la juste part que chaque État de la planète devrait assumer afin de trouver un toit à 10 % des réfugiés chaque année dans le monde.
«Seulement 10 pays sur les 193 que compte la planète accueillent à eux seuls plus de la moitié des réfugiés. Ces quelques pays sont obligés d'assumer une responsabilité beaucoup trop lourde simplement parce qu'ils sont voisins d'un pays en crise. Cette situation est par nature intenable, et expose les millions de personnes qui fuient la guerre et les persécutions dans des pays comme la Syrie, le Soudan du Sud, l'Afghanistan et l'Irak à une misère et des souffrances intolérables», a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.
«Il est temps que nos dirigeants engagent un débat sérieux et constructif sur la manière dont nos sociétés vont aider les populations qui sont chassées de chez elles par la guerre et les persécutions. Ils doivent expliquer pourquoi le monde peut renflouer des banques, développer de nouvelles technologies et mener des guerres, mais est incapable de trouver un logement sûr à 21 millions de réfugiés – soit seulement 0,3 % de la population mondiale.»
«Il est possible, si les États collaborent et partagent les responsabilités, de faire en sorte que ces personnes qui ont dû fuir leur foyer et leur pays pour des raisons indépendantes de leur volonté puissent reconstruire leur vie ailleurs en toute sécurité. Si nous ne faisons rien, ces gens vont mourir, de noyade, de maladies qui auraient pu être évitées dans des camps ou des centres de détention aux conditions misérables, ou parce qu'ils auront été renvoyés de force dans les zones de conflit qu'ils fuyaient.»
Le rapport d'Amnesty International souligne la nécessité pour les gouvernements d'accroître de toute urgence le nombre de réfugiés accueillis, et détaille le sort tragique qui est celui des réfugiés sur tous les continents :
Renvoyés dans des zones de conflit et vers des violations des droits humains
Détenus dans des conditions effroyables
Contraints d'entreprendre de dangereux périples
Amnesty International explique dans son rapport que le partage inégal des responsabilités ne fait qu'exacerber la crise mondiale et les nombreux problèmes rencontrés par les réfugiés. Elle appelle tous les pays à accepter une proportion équitable de la population mondiale de réfugiés vulnérables, déterminée en fonction de critères objectifs tenant compte de leur capacité d'accueil.
L'organisation estime qu'un système simple d'évaluation des capacités d'accueil des réfugiés s'appuyant sur des critères tels que la richesse, la population et le taux chômage, permettrait de déterminer clairement quels pays n'assument pas la part qu'ils devraient.
Le rapport montre une forte disparité entre le nombre de réfugiés syriens accueillis par les pays voisins de la Syrie et le nombre de ceux qui sont accueillis par des pays de population équivalente.
Le rapport cite l'exemple du Canada pour montrer comment, avec vision et volonté politique, les États peuvent réinstaller un grand nombre de réfugiés dans un délai satisfaisant. Le Canada a réinstallé près de 30 000 réfugiés syriens depuis novembre 2015. Un peu moins de la moitié d'entre eux ont été pris en charge par le gouvernement canadien, tandis que près de 11 000 autres sont arrivés par le biais de programmes de parrainage privés. Fin août 2016, 18 000 demandes supplémentaires de Syriens étaient en cours d'examen, principalement au Liban, en Jordanie et en Turquie.
Aujourd'hui, une trentaine de pays seulement proposent, sous une forme ou une autre, un programme de réinstallation de réfugiés, et le nombre de places offertes chaque année est bien inférieur aux besoins établis par les Nations unies. Le rapport souligne que le simple fait de passer à 60 ou à 90 pays aurait un effet significatif sur la crise. Afin d'encourager davantage de pays à prendre des mesures effectives, Amnesty International demande la mise en place d'un nouveau mécanisme de réinstallation des réfugiés vulnérables et d'un nouveau mécanisme de transfert pour les situations critiques comme le conflit syrien, afin que les pays voisins ne soient plus submergés par un afflux important de personnes fuyant pour sauver leur vie.
Communiqué de presse publié le 4 octobre 2016, Londres/Genève. Contact du service de presse