Intitulée Cut adrift in the Mediterranean (A la dérive en Méditerranée), l’analyse montre comment l'externalisation du contrôle des frontières européennes aux autorités libyennes, associée à un système qui ne répartit pas équitablement la responsabilité de l’accueil des demandeurs d'asile en Europe, a engendré une situation dans laquelle les migrants sont souvent laissés à la dérive en Méditerranée. Le document préconise également des mesures pour éviter que des situations telles que l’interdiction d’accoster des navires Sea-Watch et Sea-Eye ou le blocage du Proactiva Open Arms ne se reproduisent.
La Suisse qui fait partie de l’espace Schengen et a ratifié les accords de Dublin est donc elle aussi concernée. Elle aurait ainsi pu, a plusieurs reprises, concrétiser la solidarité qu’elle affiche vis-à-vis des États qui se trouvent en première ligne (Grèce, Italie, Malte, etc.), notamment en proposant d’accueillir les 49 personnes bloquées au large de Malte à bord du navire Sea Watch ou en accordant, à titre humanitaire, un pavillon au navire de sauvetage Aquarius.
«Le spectacle honteux de navires de sauvetage bloqués et de femmes, d’hommes et d’enfants bloqués en mer pendant des semaines alors que les politiciens rivalisent d’insensibilité pour refuser de les laisser débarquer ou d'accéder à toute assistance, ne devrait jamais se répéter», a déclaré Matteo de Bellis, chercheur sur la migration à Amnesty International.
«Les dirigeants doivent d'urgence prendre des mesures pour corriger les défaillances d’un système défectueux, qui prétérite les États de l’UE qui se trouvent en première ligne et les personnes en quête de sécurité qui sont abandonnées en mer ou qui languissent dans des pays de l'UE où les procédures d'asile sont inefficaces ou surchargées».
Dans une volonté de maintenir les migrants hors d’Europe, les gouvernements européens ont renforcé la capacité des garde-côtes libyens à intercepter les personnes en quête de sécurité, entravant ainsi le travail des ONG effectuant des opérations de recherche et sauvetage.
Malgré une baisse évidente du nombre de migrants arrivant en Europe par voie maritime au cours des deux dernières années, certains gouvernements continuent d'insister sur le fait que l'Europe est confrontée à une «crise migratoire» et que les migrants et les réfugiés ainsi que celles et ceux qui les aident – notamment en les sauvant en pleine mer - constituent une menace.
«Certains dirigeants européens tournent ainsi le dos aux personnes bloquées en mer et faussent le débat sur la migration pour leur propre bénéfice électoral.
Pour faire face à une situation aussi complexe, les gouvernements européens doivent de toute urgence travailler ensemble à une solution commune qui fonctionne pour tous les États et qui, surtout, fonctionne pour les citoyens.
Communiqué de presse publié le 18 janvier 2019, Londres - Genève. Contact du service de presse