En raison des violences en Syrie, en Irak, en Afghanistan, et des conflits en Afrique subsaharienne et ailleurs, la population des réfugiés dans le monde atteint des pics historiques. Parallèlement, en Asie du Sud-Est, la «saison de navigation» redémarre, et de très nombreux réfugiés vont sans doute rejoindre les milliers de Rohingyas qui fuient les persécutions au Myanmar, pour tomber aux mains des trafiquants d'êtres humains et subir d'autres violations de leurs droits.
La réponse à ces crises de réfugiés est honteuse, notamment de la part des pays les plus riches de la planète, qui restent sourds aux demandes d'aide humanitaire et de réinstallation des plus vulnérables. Les pays riches offrent des places pour la réinstallation à un dixième seulement des 1,15 million de personnes qui en ont besoin. Dans le même temps, des pays en développement accueillent des millions de réfugiés, sans aucune aide ou presque.
«Ces crises multiples sans précédent livrent des millions de personnes à la désespérance, et la réponse des pays riches est un échec. Le monde vit un moment charnière qui déterminera ce que les dirigeants vont léguer aux générations futures ; l'histoire les jugera sévèrement s'ils ne changent pas de cap, a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.
«Le régime de protection internationale des réfugiés, mis en place comme une garantie essentielle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, risque d'être réduit à peau de chagrin si les dirigeants s'entêtent à ne pas protéger les personnes vulnérables qui fuient la guerre et la persécution. Le droit international garantit le droit des réfugiés de demander l'asile et d'en bénéficier.»
Si l'augmentation du nombre de réfugiés atteignant l'Union européenne fait la une de l'actualité ces derniers mois, en réalité, ce sont les pays pauvres qui sont contraints de supporter l'essentiel des crises de réfugiés dans le monde. Les pays en développement, principalement au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, accueillent actuellement 86 % du nombre total de réfugiés dans le monde, à savoir 19,5 millions.
Les pays riches sont loin d'assumer leur part de responsabilité. Les appels humanitaires pour les réfugiés sont constamment – et parfois gravement – sous-financés. Au 2 octobre, l'appel humanitaire de l'ONU en faveur des réfugiés syriens était financé à hauteur de 46 % seulement, tandis que celui pour les réfugiés du Soudan du Sud n'avait atteint que 17 % de son objectif. Ce manque de financement se répercute sur l'accès des réfugiés à la nourriture, à des médicaments et à l'aide humanitaire en général.
«Lorsque les leaders du G20 se réuniront le mois prochain en Turquie, ils ne doivent pas sortir de la pièce sans s'être entendus sur un plan concret, doté d'un calendrier précis, visant à garantir un financement humanitaire complet et durable pour les multiples crises de réfugiés dans le monde. En faire moins serait un échec de leur part, a déclaré Salil Shetty.
«Au lieu de relever le défi de cette crise sans précédent, de nombreux gouvernements s'efforcent d'imaginer des moyens pour maintenir ces personnes hors de leurs frontières, tandis que des milliers périssent en mer ou endurent des conditions sordides à l'ombre des clôtures barbelées. C'est une faillite morale.»
Les crises de réfugiés finissent par se résoudre lorsque leurs causes profondes sont traitées. Les États doivent chercher le moyen de mettre un terme aux conflits et aux violations généralisées des droits humains – objectifs certes difficiles à atteindre et qui nécessitent du temps.
Cependant, les pays les plus riches peuvent prendre certaines mesures dès à présent afin d'atténuer l'impact des crises de réfugiés dans le monde. Amnesty International demande une action concertée dans huit domaines prioritaires :
1.Un fonds permanent, suffisant et prévisible pour les crises de réfugiés : tous les appels humanitaires pour les crises de réfugiés doivent être pleinement financés, ce qui permettrait aussi d'apporter un soutien financier important aux pays qui accueillent un grand nombre de réfugiés, pour qu'ils puissent fournir des services aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.