«Extraction Extinction» Why the lifecycle of fossil fuels threatens life, nature and human rights © Amnesty International
«Extraction Extinction» Why the lifecycle of fossil fuels threatens life, nature and human rights © Amnesty International
COP30

Les infrastructures fossiles menacent les droits de deux milliards de personnes

Un rapport inédit d’Amnesty International et Better Planet Laboratory révèle l’ampleur des préjudices causés par l’industrie des énergies fossiles. Grâce à une cartographie innovante et des recherches qualitatives menées dans plusieurs pays, ce travail expose les atteintes systémiques au climat, aux droits humains et aux écosystèmes, orchestrées par une industrie toujours plus invasive.

Ce rapport, intitulé Extraction Extinction. Pourquoi le cycle de vie des énergies fossiles menace la vie, la nature et les droits humains, démontre que le cycle de vie complet des combustibles fossiles détruit des écosystèmes naturels irremplaçables et porte atteinte aux droits humains, en particulier à ceux des populations attenantes aux infrastructures de ce secteur. Il a été démontré que le fait de vivre à proximité d’infrastructures liées au charbon, au pétrole et au gaz augmente les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires, de troubles de la reproduction et d’autres effets néfastes sur la santé. Amnesty International s’est associée au Better Planet Laboratory (BPL) de l’Université du Colorado, à Boulder, afin de réaliser une étude cartographique inédite visant à estimer l’ampleur potentielle des dommages causés à l’échelle mondiale par les sites actuels et futurs de production de combustibles fossile.

«Les États et les entreprises doivent sortir sans délai de l’économie fossile pour limiter les pires impacts de la crise climatique sur les droits humains. L’ère des combustibles fossiles doit prendre fin.» 
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

« L’industrie des combustibles fossiles, en expansion constante, met en péril des milliards de vies et bouleverse irréversiblement le climat. Jusqu’ici, aucune estimation mondiale ne permettait de mesurer combien de personnes vivent à proximité immédiate de ces infrastructures. Le travail mené avec Better Planet Laboratory révèle l’ampleur des risques tout au long du cycle de vie des combustibles fossiles : du charbon au gaz, ces projets aggravent le chaos climatique et nuisent gravement aux humains et à la nature », déclare Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Ce rapport montre une fois de plus que les États et les entreprises doivent sortir sans délai de l’économie fossile pour limiter les pires impacts de la crise climatique sur les droits humains. L’ère des combustibles fossiles doit prendre fin. »

Better Planet Laboratory (BPL) a cartographié l’exposition mondiale aux infrastructures fossiles en croisant des données sur les sites industriels, les populations, les écosystèmes vitaux, les émissions et les territoires autochtones. Malgré des lacunes dans les recensements, les résultats offrent une image saisissante de l’ampleur du phénomène.

Le rapport s’appuie aussi sur plus de 90 entretiens menés avec des communautés affectées au Brésil (baie de Guanabara), au Canada (territoire Wet’suwet’en) et au Sénégal (delta du Saloum), ainsi qu’avec des universitaires, journalistes, ONG et autorités. Ces témoignages sont corroborés par des données ouvertes, la télédétection, et les recherches antérieures d’Amnesty en Équateur, Colombie et Nigeria.

Un nombre alarmant de personnes exposées

Plus de 2 milliards de personnes vivent à moins de 5 km de 18 000 sites fossiles répartis dans 170 pays. Parmi elles, 520 millions d’enfants et 463 millions vivent à moins d’un kilomètre, exposés à des risques accrus. Les peuples autochtones sont touchés de manière disproportionnée : 16 % des infrastructures fossiles sont situées sur leurs territoires. Environ 32 % des sites cartographiés chevauchent des écosystèmes vitaux.

L’industrie continue de s’étendre : 3 500 nouveaux sites sont en projet ou en construction, menaçant 135 millions de personnes supplémentaires. Les projets pétroliers et gaziers progressent sur tous les continents, tandis que les mines et centrales à charbon se multiplient en Chine et en Inde.

« Malgré leurs engagements, les gouvernements laissent se développer de nouveaux projets fossiles, y compris dans les écosystèmes les plus sensibles. Cela contredit directement les objectifs climatiques qu’ils affichent », déclare Ginni Braich, experte en données au BPL.

Le coût humain de l’industrie fossile

L’extraction, le traitement et le transport des combustibles fossiles portent gravement atteinte aux droits fondamentaux des populations vivant à proximité : pollution, risques sanitaires, pertes culturelles et destruction des moyens de subsistance.

« Nous souffrons d’une fatigue intergénérationnelle… Sans jamais en avoir été les instigateurs, nous subissons de plein fouet la violence », témoigne Tsakë ze’ Sleydo’ (Molly Wickham), défenseure du territoire Wet’suwet’en, au sujet du gazoduc Coastal GasLink au Canada.

De nombreux groupes dénoncent un pillage économique et culturel, mené par des entreprises privées à travers l’intimidation et la coercition. « Nous ne voulons pas d’argent, juste ce qui nous appartient. Pêcher dans la baie de Guanabara est notre droit, et ils nous l’enlèvent », déclare Bruno Alves de Vega, pêcheur artisanal à Rio.

Les défenseur·e·s des droits environnementaux et des terres autochtones font face à des menaces physiques, numériques et juridiques, notamment des poursuites abusives visant à les réduire au silence.« Défendre le Yin’tah, notre territoire, nous vaut d’être criminalisés. Les injonctions civiles sont devenues des armes coloniales pour militariser nos communautés », dénoncent des représentant·e·s Wet’suwet’en.

Les communautés locales pointent aussi l’absence de transparence et de consultation. Au Sénégal, dans le delta du Saloum, des habitant·e·s s’inquiètent du manque d’information sur les impacts du projet Sangomar, mené par l’entreprise australienne Woodside.

« Ces cas illustrent un problème mondial. Les communautés dénoncent un déséquilibre de pouvoir et l’absence de recours. L’ère des combustibles fossiles touche à sa fin : les États doivent cesser de criminaliser celles et ceux qui défendent leurs droits », affirme Candy Ofime, chercheuse à Amnesty International.

Destruction d’écosystèmes irremplaçables

La majorité des projets fossiles étudiés ont transformé des territoires en zones sacrifiées, marquées par une pollution extrême et des atteintes graves aux droits humains et à la biodiversité. Extraction, traitement, transport et démantèlement des infrastructures fossiles entraînent :

  • des émissions massives de gaz à effet de serre,
  • la dégradation d’écosystèmes clés,
  • des atteintes à la santé et aux moyens de subsistance des populations locales.

Malgré les engagements climatiques internationaux et les appels répétés de l’ONU à sortir des énergies fossiles, l’action des États reste largement insuffisante. Ces énergies représentent encore 80 % de l’approvisionnement mondial, tandis que l’industrie fossile intensifie son lobbying pour freiner leur élimination.

« Les États doivent s’engager sans délai dans une sortie rapide et juste des énergies fossiles, avec des budgets à la hauteur, et amorcer une transition vers des renouvelables respectueuses des droits humains. Amnesty International lance un appel urgent à adopter et mettre en œuvre un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, déclare Agnès Callamard.

Le rapport souligne aussi la vision du Brésil, hôte de la COP30 en 2025, qui appelle à une participation réelle des peuples de la forêt, notamment autochtones et communautés traditionnelles. Il expose l’impact disproportionné de l’industrie fossile sur ces populations et la résistance qu’elles opposent.

« Sous couvert de développement, l’industrie fossile sert avant tout la cupidité, détruisant l’atmosphère, la biosphère et les océans dans une impunité quasi totale. Face à cette économie politique répressive, nous devons résister collectivement et exiger des dirigeants qu’ils tiennent leurs engagements. L’humanité doit triompher. »

La plupart des projets étudiés ont créé des étendues extrêmement polluées, faisant des populations locales et des écosystèmes vitaux des « zones sacrifiées »**. L’extraction, le traitement, le développement des sites, l’acheminement et le démantèlement des combustibles fossiles ont causé ou risqué de causer des préjudices aux humains et à la flore et la faune, entraîné une pollution grave et des émissions de gaz à effet de serre, et abîmé des zones clés pour la biodiversité ou des puits de carbone.

En dépit des engagements pris aux termes d’accords internationaux sur le climat et des nombreux appels des Nations unies à sortir sans délai des combustibles fossiles, l’action des États demeure complètement insuffisante. Ces énergies représentent toujours 80 % de l’approvisionnement mondial en énergie primaire, tandis que l’industrie redouble d’efforts pour exercer une influence injustifiée dans les forums sur la politique climatique dans le but d’empêcher leur élimination rapide.

« Les États doivent s’engager sans délai vers un abandon des énergies fossiles qui soit rapide, juste et doté des budgets nécessaires, et amorcer une transition juste vers des énergies renouvelables produites dans le respect des droits humains. Amnesty International lance un appel urgent à adopter et mettre en œuvre un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, déclare Agnès Callamard.

« La crise climatique révèle et catalyse de profondes injustices. Ce rapport fait écho à la vision du Brésil, pays organisateur de la COP30 en 2025, qui veut que ce sommet international permette la participation réelle des peuples de la forêt, notamment les peuples autochtones et les communautés traditionnelles, ainsi que la société civile. Il expose l’ampleur des répercussions sur le climat et les droits humains de la production de combustibles fossiles à travers le monde, illustrant l’impact disparate de cette industrie sur les peuples autochtones et les communautés traditionnelles et soulignant la résistance qu’ils opposent.

« Le secteur des énergies fossiles et ses partenaires étatiques font valoir depuis des décennies que le développement humain requiert ces énergies. Mais nous savons que sous couvert de croissance économique, ils servent plutôt la cupidité et le profit sans limites, tout en bafouant les droits dans une impunité quasi totale et en détruisant l’atmosphère, la biosphère et les océans. Face à ces pratiques acharnées, nous devons résister collectivement et exiger que les dirigeants du monde respectent leurs obligations et leurs engagements.» »

* Écosystemes vitaux : environnements naturels riches en biodiversité, essentiels au piégeage du carbone et/ou qui déclencheraient des effondrements écosystémiques en cascade si les dégradations ou les catastrophes environnementales s’y poursuivaient.

** Zone sacrifiée : zone extrêmement contaminée dans laquelle les populations à bas revenu et marginalisées subissent beaucoup plus que les autres les conséquences de l’exposition à la pollution et aux substancess toxiques.

Complément d’information

Amnesty International a adressé des courriers aux entreprises mentionnées dans cette recherche et leurs réponses sont incluses dans le rapport.

Communiqué de presse du 12 novembre 2025, Londres, Berne – Contact du service de presse